Pages

samedi, janvier 12, 2013

Le trouble de la personnalité borderline : un trouble favorisant l'apparition du trouble bipolaire ?



Ce document s’adresse tout particulièrement aux personnes, qui se posent des questions sur l'origine de leurs souffrances et/ou de leurs difficultés dans leur relation étroite à l'autre, sans parvenir à mettre des mots dessus, ainsi qu’à leur famille. Peut-être pourront-ils trouver une piste de réflexion utile à la lecture de ce document qui représente la synthèse de mes lectures.




"On ne lutte jamais aussi bien contre nos démons qu'en les identifiant" 


J'ai beaucoup appris à travers les  témoignages de personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline, appelé également « trouble de la personnalité limite » et de leurs soignants. Elles font un remarquable travail d'information sur le site de l'AAPEL (Association d'Aide aux personnes souffrant d'un trouble de la Personnalité État Limite).
"Nous pouvons tous par moment avoir quelques "traits" de trouble borderline mais c'est une question de "dosage" (intensité) et de "durée"(persistance). Il faut bien garder en tête que ce n'est pas de manière accidentelle que la personne se conduit ainsi mais de façon régulière, répétitive mais aussi soudaine[1]".

Tout ce qui est rédigé en italique et entre parenthèses dans ce document correspond aux témoignages des personnes confrontées au trouble de la personnalité limite, à leurs proches et à leurs soignants. Chaque auteur, référence ou publication est indiquée en fin de phrase ou de paragraphe.


Introduction



Le trouble de la personnalité borderline n’est pas uniquement synonyme de difficultés. 

Les personnes concernées possèdent souvent des aptitudes particulières et peuvent être très créatives, vivantes et capables d’enthousiasme. Les sentiments négatifs ne sont pas les seuls à être très intensément éprouvés, puisqu’il en va de même des sentiments positifs comme la joie ou l’amour[2]."

En dehors des périodes d’expression de leur trouble, ces personnes présentent des aptitudes telles que : l’altruisme (tendance naturelle à aimer et à aider son prochain), la curiosité (désir de comprendre, de connaitre, de s'instruire), l’empathie (capacité à se mettre à la place d'une personne et de ressentir ce qu'elle vit/ressent), l’enthousiasme (forte émotion se traduisant par de grandes démonstrations de joie), l’exigence vis-à-vis de soi-même, une force de caractère (par ex: supporter des choses que beaucoup ne supporteraient pas bien longtemps), la générosité (disposition à donner sans compter), la modestie, la naïveté ("innocence de l'enfant"), l’ouverture d'esprit ("facilité à comprendre et à admettre des idées et opinions qui sont nouvelles ou inhabituelles"), la probité ("droiture, intégrité, honnêteté, justice au sens 'moral' "), la remise en question ("capacité à envisager que ses hypothèses ou croyances sont potentiellement erronées"), la sensibilité[3].


Qu’entend-on par  personnalité ?

Serge DELEGUE , psychiatre, Centre Hospitalier Spécialisé du Rouvray,  nous explique que :

« La personnalité d'une personne désigne ce qu'il y a de relativement stable dans la pensée et le comportement d'une personne. Ce sont des états ou des comportements suffisamment constants pour permettre de caractériser un individu dans sa manière de penser, dans ses rapports avec les autres et avec lui-même. Chaque personne a plus ou moins une personnalité. Elle marque sa particularité, sa spécificité. Il existe de nombreux termes du langage courant fréquemment utilisés pour décrire la personnalité de quelqu'un : l'extraverti, le timide, le susceptible, le calme, etc.
Une personnalité, ce n'est pas une maladie. »








Quand parle-t-on d’un  trouble de la personnalité ?



Les troubles de la personnalité ne sont pas tout à fait des maladies, ce sont des manières d'être qui dévient de la normes et qui peuvent entraîner une souffrance ou une gêne. Tout ce qui provoque une gène ou une souffrance n'est pas une pathologie.

[Il est sans doute préférable d'avoir une apparence plus ou moins séduisante mais être moche même très moche même si cela peut être une source de souffrance n'est pas une maladie][1]

« Les traits de personnalité ne sont considérés comme des critères pour diagnostiquer des troubles que lorsqu'ils sont rigides et inadaptés, c'est-à-dire qu'ils envahissent des situations personnelles et sociales diverses et qu'ils entraînent une souffrance ou qu'ils nuisent au fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.

Cette inflexibilité distingue la personne qui souffre d'un trouble de la personnalité de la personne qui présente aussi des modalités durables de fonctionnement mais dont les traits peuvent être plus flexibles et qui peut varier son comportement pour mieux s'adapter à différentes situations. Par ailleurs, la stabilité à travers les années et dans différentes situations est un critère important pour le diagnostic d'un trouble de la personnalité. Les traits de personnalité doivent ainsi être distingués des éléments qui apparaissent pour une période limitée en réponse à des situations de stress spécifiques. Ils doivent aussi être distingués des symptômes et réactions qui sont dus à des états mentaux transitoires comme un trouble anxieux, un épisode de dépression, un trouble psychotique, une intoxication par une substance, etc.. Enfin ils doivent être distingués des caractéristiques associées à l'appartenance à une culture ou une religion.[2] »



Quels sont les critères diagnostiques généraux permettant de définir les troubles de la personnalité ?
A) un mode durable des conduites et des expériences vécues qui dévie notablement de ce qui est attendu dans la culture de l'individu. Cette déviation est manifeste dans au moins deux des domaines suivants :

. la cognition (c’est-à-dire la perception et la vision de soi-même, d’autrui et des évènements)

. l’affectivité (c’est-à-à dire la diversité, l’intensité, l’instabilité et l’adéquation de la réponse émotionnelle)

. le fonctionnement interpersonnel (la relation aux autres)

. le contrôle des impulsions (la maîtrise de soi-même)

B) Ces modalités durables sont rigides et envahissent des situations personnelles et sociales très diverses.
C) Ce mode durable entraîne une souffrance cliniquement significative ou une altération du  fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
D) Ce mode est stable et prolongé et ses premières manifestations sont décelables au plus tard à  l'adolescence ou au début de l'âge adulte.
E) Ce tableau n'est pas mieux expliqué par les manifestations ou les conséquences d'un autre  trouble mental.
F) Ce mode durable n’est pas dû aux effets physiologiques directs d’une substance (p. ex. une drogue donnant lieu à abus ou un médicament) ou d’une affection médicale générale (par exemple un traumatisme crânien)[3].

 
« Le diagnostic de trouble de la personnalité est difficile à poser car plusieurs aspects sont à considérer. Il est encore plus difficile de s'auto-diagnostiquer et ce, entre autres, parce que les traits qui constituent les troubles ne sont, bien souvent, pas reconnus comme problématiques par la personne qui les considère comme des façons  naturelles et inévitables de fonctionner.





[2] http://www.univ-montp3.fr/ufr5/telechargement/supportdecours/L3TroublespersonnaliteSRaffard.pdf


[3] Référence: American Psychiatric Association, DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Traduction française, Paris, Masson, 1996

Il est donc souvent hasardeux de s'auto-diagnostiquer et parfois même nuisible car un autre trouble qui requiert un traitement pourrait passer inaperçu. Si vous avez des difficultés sérieuses à vous adapter, il vaut mieux s'assurer d'un diagnostic auprès d'un professionnel de la santé (psychiatre ou psychologue)[1]»

De l’enfance à l’adolescence :

Le Professeur JP Raynaud, de la Faculté de Médecine de Toulouse, Service Universitaire de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent (SUPEA)  nous indique :
« Chez l’enfant :
Classiquement, on reste prudent avant de parler de « trouble de la personnalité » et de poser une étiquette sur une personnalité encore en pleine évolution et en construction. Certains auteurs ont toutefois décrit des traits de personnalités repérables dès l’enfance, de même que certains modes préférentiels d’entrée en relation avec l’environnement : inhibition, hyperactivité, égocentrisme, …
Avec le temps, ces traits de personnalité peuvent devenir rigides, inadaptés et s’accompagner de problèmes d’adaptation, de difficultés à être en relation avec les autres et de sentiments subjectifs de malaise et de souffrance.
Chez l’adolescent :
Les troubles de la personnalité produisent des perturbations durables et stables des perceptions, des sensations, des pensées et surtout des relations avec autrui, qui correspondent à un ensemble de traits de caractère, qui interfèrent significativement avec l’adaptation relationnelle et sociale et qui sont à l’origine d’une souffrance subjective et parfois considérable.
Ils apparaissent au cours du développement dans l’enfance ou l’adolescence et se poursuivent à l’âge adulte.
Peut-on parler, avant la fin de l’adolescence, d’une organisation stable et durable[2] ? »
Pour Beck, les troubles de la personnalité résultent d'une sur-utilisation de stratégies ou de comportements adaptatifs et utiles pour la survie de l'espèce tels que: la compétition, la dépendance, l'évitement, la résistance, la méfiance, la dramatisation, le contrôle, l'agression, l'isolement et la grandiosité.
Alors que la personne qui n'a pas de trouble de la personnalité utilise certaines de ces stratégies dans des circonstances spécifiques, la personne présentant un trouble de la personnalité les sur-utilise de façon rigide et compulsive même lorsqu'elles sont clairement désavantageuses.
Par exemple, il est adapté d'être méfiant et sur ses gardes dans un coin très criminalisé d'une ville. Par contre, la personne paranoïaque peut réagir de façon méfiante envers des gens même si les faits objectifs et sa propre expérience lui indiquent qu'ils sont probablement dignes de confiance. Cette rigidité dans les comportements ou les stratégies est sous-tendue par une rigidité dans les façons de comprendre et de percevoir les situations.

LES SCHÉMAS (CROYANCES)
Le concept de "schéma", surtout introduit par Beck, est central aux modèles cognitifs. Les schémas sont les croyances (connaissances) de base qui constituent la compréhension qu'a un individu de lui-même, du monde et des autres. Ces croyances s'élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie. Les expériences de l'enfance sont particulièrement marquantes pour l'élaboration des schémas.
La personne "en santé" a des croyances de base adaptées et relatives (je suis une personne raisonnablement compétente; le monde présente des dangers mais est relativement sécure; les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants envers moi, etc.). La personne qui présente un trouble de la personnalité, au contraire, détient des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (je suis incompétent, mon univers est hors de mon contrôle, les gens sont indignes de confiance, etc.).
A un moment particulier, selon le contexte et les événements, un schéma peut être activé ou il peut être "dormant" ou à quelque part entre les deux. Une fois activé, un schéma (ou un ensemble de schémas) constitue la base à partir de laquelle un individu interprète et réagit à la réalité qu'il vit. Chez une personne présentant un trouble de la personnalité, certains schémas sont activés, à tort, dans un très large éventail de situation. Une personne présentant un trouble de la personnalité évitante, par exemple, peut avoir un schéma de danger et de menace activé même lorsqu'elle se trouve avec des gens supportants, ce qui influence alors l'interprétation des



[1] http://www.accoladesantementale.org/index.php?option=com_content&task=view&id=75&Itemid=159
[2] http://www.medecine.ups-tlse.fr/dcem4/module11/34.TRPERSONNALITEADO11-286.pdf
  

agissements de ces gens (ils ne me trouvent pas intéressant). Cette interprétation détermine ses réactions émotives (anxiété) et ses comportements (retrait). Une personne narcissique peut se conduire de façon compétitive alors qu'elle travaille dans un contexte égalitaire. La personne histrionique peut se conduire de façon théâtrale dans une entrevue pour un emploi.

Chaque trouble de la personnalité repose sur un ensemble spécifique de croyances et de comportements qui les accompagnent. Par exemple, la personne dépendante croit qu'elle est incompétente et incapable de se débrouiller seule. Alors, elle a tendance à surdévelopper des stratégies pour compter sur les autres et éviter les décisions et les défis importants. Elle ne développe pas suffisamment l'autonomie et la capacité de prendre des décisions. La personne évitante croit qu'elle n'est pas digne d'amour ou de considération et qu'elle est vulnérable. Elle a tendance à éviter l'intimité, les critiques et les émotions désagréables. Elle manque d'ouverture, d'affirmation et de tolérance émotionnelle. La personne obsessionnelle-compulsive croit que son monde peut se désorganiser et met donc beaucoup d'emphase sur les règles, la responsabilité et le contrôle. Elle manque de spontanéité, d'insouciance et de flexibilité. La personne borderline partage plusieurs croyances rigides et négatives avec d'autres troubles de personnalité (je suis inadéquat, je suis fautif, je suis vulnérable, je suis impuissant, je vais être abandonné), ce qui conduit à des comportements extrêmes.



LES SCHÉMAS INADAPTÉS DE YOUNG



Young identifie 18 schémas inadaptés, qu'il appelle des schémas précoces d'inadaptation, qui sont sous-jacents à un ou plusieurs troubles de la personnalité. Remarquez que quelqu'un peut toutefois posséder un ou quelques uns de ces schémas à différents degrés (plus ou moins rigides et activés facilement) sans rencontrer tous les critères pour qu'un trouble de la personnalité puisse être diagnostiqué. Ces schémas se développent tôt dans l'enfance selon l'expérience vécue et continuent à s'élaborer tout au long de la vie en servant de base pour l'interprétation de la réalité. Ils sont pris pour acquis et considérés comme irréfutables par la personne».

« Ils ressemblent parfois à des enfants perturbés prisonniers d’un corps d’adulte
mais sont en fait des adultes victimes de leurs émotions[1] 
»



« Les personnes avec un trouble de la personnalité " borderline " sont des adultes sans la moindre déficience intellectuelle mais qui sont émotionnellement perturbées et avec des comportements pouvant parfois sembler excessifs, enfantins ou immatures. 

Ils ont une tendance biologique (?) à réagir plus intensément que les autres à des niveaux de stress moindres d’une part, et à mettre plus de temps pour se rétablir, d’autre part. L'on parle de dérégulation émotionnelle ou de sur-émotivité (personne sur-émotive).

Les relations avec une personne souffrant de trouble de la personnalité borderline peuvent être extrêmement chaotiques du fait de leur "tempêtes émotionnelles", changements d'humeur soudains et impulsivité.
Elles sont incapables d’avoir une vie « normale », conjoint, enfants, amis avec de "vraies" relations durables…
Leur vie est une véritable
 souffrance car elles présentent à l’entourage une apparence de « normalité ». Pour les personnes souffrant de ce trouble, se conduire longtemps en adulte "comme tout le monde" est un rôle alors qu'elles sont dans une vraie détresse[2]. »



« La Personnalité borderline (personnalité limite) se caractérise par un: mauvais contrôle des impulsions, de faibles capacités d’anticipation (ne mesure pas la conséquence de ses actes ou paroles), l’altération de l’image de soi (qui suis-je ? ; qu’est-ce que je veux ?), la sensibilité à l’abandon et à la perte (des être chers), une tendance aux ruptures, l’attaque des liens[3] (sentimentaux, affectifs) »
 
Un scénario relationnel amoureux qui peut être parlant : "On se quitte puis on se remet ensemble" est un des scénarios typiques des relations de couple de la personne borderline, dont le "Je n’ai que des relations courtes" fait également partie. (Ada Picard, médecin, interne en psychiatrie)




[1] http://www.accoladesantementale.org/index.php?option=com_content&task=view&id=75&Itemid=159.


[3] http://www.medecine.ups-tlse.fr/dcem4/module11/34.TRPERSONNALITEADO11-286.pdf
  

Mais quelle est l’origine de ce trouble?


Le point de vue de Delphine Thomas, psychologue : « Le trouble de la personnalité borderline résulterait d’une combinaison de plusieurs facteurs, notamment une vulnérabilité génétique et un grave traumatisme psychologique survenu dans la petite enfance. Par ailleurs, sur un plan neurologique, il semblerait que certaines régions du système limbique (partie du cerveau qui régule les émotions) seraient plus petites chez les personnes présentant ce trouble. Plus précisément, les aires contrôlant les humeurs négatives seraient particulièrement atrophiées.
Cette observation expliquerait la difficulté que rencontrent ces individus à contrôler des émotions négatives, et par conséquent leur impulsivité et leurs réactions disproportionnées face aux événements
[1] »



Une vulnérabilité génétique associée à des expériences traumatisantes, des rapports familiaux chaotiques peuvent donner naissance au trouble de la personnalité limite. Quid alors de ceux qui n’ont pas vécu de « graves traumatismes » dans leur enfance et qui sont confrontés à ce trouble ?



« Des études récentes suggèrent des liens entre une hypersensibilité aux relations interpersonnelles, des attachements de types ambivalent/désorganisés, et le développement ultérieur de TPL (Gunderson and Lyons-Ruth 2008; Bakermans-Kranenburg and Van IJzendoorn 2009; Crawford, Cohen et al. 2009). Ces recherches, couplées aux progrès de la génétique moléculaire, apportent un éclairage nouveau sur les intrications entre des prédispositions génétiques et des types d’attachements développés par le jeune enfant. En fait, l’environnement initial va directement affecter l’expression du code génétique de l’individu en développement et, ce faisant, déterminer ses compétences futures en particulier au niveau des capacités de mentalisation et de régulation des émotions (Belsky, Jonassaint et al. 2009), (Belsky and Beaver 2010; Bernier, Carlson et al. 2010)


En effet, une équipe Hollandaise réalisant ces mêmes recherches a identifié les effets potentiels épigénétiques[2] de certains états psychologiques du caregiver (parent ou personne chargée de prendre soin de l'enfant sur le développement de l’enfant, en particulier en relation avec des problèmes de stress et de deuil non résolu chez le parent (Bernier and Meins 2008; Bernier and Miljkovitch 2009)

De nombreuses études ont aussi  démontré que les types d’attachements présentés par les parents (ou le caregiver), sont eux-mêmes déterminants du type d’attachement que l’enfant aura tendance à développer, ceci ouvrant aussi une voie additionnelle aux transmissions intergénérationnelles[3] »



[2] L'épigénétique est le domaine qui étudie comment l'environnement et l'histoire individuelle influe sur l'expression des gènes, et plus précisément l'ensemble des modifications transmissibles d'une génération à l'autre et réversibles de l'expression génique sans altération des séquences nucléotidiques (ces dernières constituant le message génétique). Ce domaine étudie ce qu'on appelle "le terrain familial".
[3] Les Etats Limites : « Revue et Mise au point » -  Bernadette Grosjean MD Associate Professor, Department of Psychiatry, Geffen School of Medicine at UCLA, (University California Los Angeles)

Le lien « trouble de la personnalité borderline » / « bipolarité » :


Certaines personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline sont également bipolaires (maniaco-dépressifs). La bipolarité est alors une conséquence envisagée du trouble borderline. « On a estimé dans une étude* qu'environ 3/4 des patients borderline suivis présentaient un trouble manifeste de l'humeur[4]. » (la bipolarité est un trouble de l’humeur)


 « Les pré-adolescents et les adolescents, futurs bipolaires, présentent le plus souvent une symptomatologie dépressive ou irritable avec une perte de contrôle des impulsions ce qui peut ne se manifester que dans le comportement ou les relations. On sait aussi que l'anamnèse infantile et adolescente (informations relatives au passé de l’enfant, ou de l’adolescent, permettant de se donner un aperçu de la situation passée mais aussi actuelle du sujet pour mettre en lien le vécu avec la problématique amenée) effectuée auprès des proches pourra être très importante pour déterminer la présence d'un trouble de l'humeur puisque le plus souvent les épisodes hypomanes passent inaperçus pour le patient. L'anamnèse familiale (récit de l’histoire familiale)  pourra mettre en évidence un trouble affectif chez les parents du premier ou du deuxième degré, et donc un terrain génétique à risque[5]. »






[2] L'épigénétique est le domaine qui étudie comment l'environnement et l'histoire individuelle influe sur l'expression des gènes, et plus précisément l'ensemble des modifications transmissibles d'une génération à l'autre et réversibles de l'expression génique sans altération des séquences nucléotidiques (ces dernières constituant le message génétique)

[3] Les Etats Limites : « Revue et Mise au point » -  Bernadette Grosjean MD Associate Professor, Department of Psychiatry, Geffen School of Medicine at UCLA, (University California Los Angeles)





« Les similitudes et les différences entre le trouble borderline et le trouble bipolaire concernent l’instabilité émotionnelle, l’impulsivité et l’hyperactivité hypomaniaque. Lorsque le trouble Borderline coexiste avec le trouble bipolaire, le taux de tentative de suicide augmente[1]. », sachant que « le trouble bipolaire représente la pathologie psychiatrique qui présente le risque le plus élevé de suicide et tentatives de suicide : 25 à 50% des patients atteints de trouble bipolaire font au moins une tentative de suicide[2]. »



« Il est classique de souligner la fréquence de la comorbidité (la présence simultanée de plusieurs diagnostics) trouble bipolaire-trouble borderline. Néanmoins le diagnostic du trouble borderline n’est pas simple dans ce contexte car il existe plusieurs caractéristiques cliniques communes aux deux troubles. Il est recommandé de ne poser ce diagnostic qu’après stabilisation de l’état thymique (état de l’humeur qui est alors souple, stable, bien adaptée à l’environnement.- La personne est alors active, contrôle ses émotions et impulsions, elle est sans gêne ni souffrance).[3] »



Ada Picard, médecin, interne en psychiatrie, précise « Même si le trouble (borderline) est propice à s'arranger avec le temps, la fragilité identitaire de ces personnes favorise le développement d’autres maladies psychiques comme les troubles de l’humeur (trouble bipolaire, dépression, etc.), les troubles du comportement alimentaire (surtout la boulimie), les troubles anxieux ou encore les addictions[4]. »


La manifestation du trouble borderline :

« Ce trouble (borderline)  existe lorsque les traits de caractère et les attitudes du sujet sont rigides, inadaptés et qu’ils sont responsables d’une altération significative du fonctionnent social et professionnel et d’une souffrance subjective[5]. »

« Les personnes souffrant du TPL (trouble de la personnalité limite) peuvent manifester des colères intenses, de la dépression ou une anxiété débilitante. Il arrive que ces épisodes soient associés à des périodes d'autodestruction, de comportements suicidaires et de toxicomanie. Les personnes atteintes peuvent modifier fréquemment leurs objectifs de carrière et démontrer une instabilité dans leurs amitiés, leurs comportements sexuels et leurs valeurs. Chez certaines personnes, on observe une attitude de dévalorisation. Elles se sentent incomprises et ressentent souvent un sentiment d'ennui et/ou de vide ; elles ont souvent du ressentiment face au jugement des autres[6]. »



Que nous dit Alain TORTOSA, Fondateur de l'AAPEL, du trouble ?

« Hormis lors des « crises », une personne qui souffre d'un trouble borderline,
peut être en mesure de faire croire à son entourage, notamment professionnel, qu'elle va tout à fait bien. Elle réservera ses comportements « bizarres » à sa vie privée ou à un entourage trè, restreint. »
En effet, une personne borderline peut très bien :

Avoir des capacités intellectuelles tout à fait moyennes et même au-dessus de la moyenne.

Avoir fait des études supérieures et avoir par exemple un doctorat.
Avoir un métier socialement valorisé, un métier à fortes compétences et complexité technique

Avoir un conjoint, des enfants.

Avoir des amis, sortir en société.

... bref avoir une apparence totalement « idéale » pour la société

.
Et en parallèle peut très bien (exemples)


Souffrir de boulimie.

Abuser d'alcool.

Abuser de substances (médicaments, drogue,...)

Faire usage de violence domestique, fruit de son incapacité à gérer ses émotions, son angoisse et son impulsivité.
S'automutiler en se brûlant ou se coupant au rasoir.

Faire de multiples tentatives de suicide.
... ceci étant bien sûr le fruit d'une grande souffrance psychique.
  

 Que peut faire une personne qui souffre d'une maladie mentale et plus précisément d'un trouble borderline?
- Elle n'a d'alternative que de camoufler, cacher, dissimuler, simuler, se contrôler 
» 

L'AAPEL  explique qu'il "existe tout un éventail de patients Borderline. Parmi eux, on rencontre les "fonctionnant maxi" et les "fonctionnant mini".

  • Les "fonctionnant maxi" sont capable de « tromper » leur monde, car de l'extérieur, rien ne semble indiquer qu'ils souffrent du trouble. Les "maxi" peuvent même avoir une famille, des enfants, des loisirs, un travail gratifiant, ...tr Les "fonctionnant maxi" réservent les comportements extrêmes borderline à leurs partenaires ou à leur(s) enfant(s). En surface, ils semblent bien fonctionner dans la majeure partie des secteurs de leurs vies. Li

Le "fonctionnant maxi" aura des crises de rage uniquement face à un proche faisant partie de son cercle restreint (très restreint).

En fait, la plupart le cache si bien que les Non (borderline) ne sont pas crus quand ils parlent aux amis et la famille de ce qui se produit. L'instabilité au travail peut, ou pas, être présente dans le "fonctionnant maxi", mais est habituellement trouvée dans le "fonctionnant mini". Ceux qui sont "fonctionnant maxi" peuvent choisir des professions où leur comportement sera récompensé ou vu comme "normal" dans le contexte de cette profession."

Cette caractéristique propre aux personnes borderline dites "maxi" est parfois source de confusion avec le  celle du Pervers Narcissique tant leur mode relationnel aux personnes qui leur sont les plus proches est similaire, à une différence près (et de taille !) : la souffrance. Le pervers narcissique ne ressent ni culpabilité, ni honte, ni souffrance devant le désastre relationnel qu'il engendre. LE BORDERLINE, SI.

  • Les "fonctionnant mini", à l'autre bout de l'échelle sont incapables de maitriser leurs pulsions. Le suicide et l'auto mutilation sont fréquents comme des conduites dangereuses ou pour "se faire du mal pour arrêter de souffrir". Ceux qui sont véritablement "fonctionnant mini" sont évidemment très perturbés et les familles obtiennent beaucoup plus l'appui de leur communautés que ceux qui sont "fonctionnant maxi"." (Deedee ttp://www.bpd411.com)

La personne se situant dans le registre du trouble borderline rencontre principalement de grandes difficultés à gérer ses émotions.  

"Une phrase malheureuse, un reproche anodin, un oubli synonyme de désamour prennent rapidement des allures tragiques. Cela les conduit à une instabilité, voire à une impulsivité, générant des changements brutaux sur les plans familial, amical et professionnel. Lorsque la colère retombe, une humeur dépressive la remplace où se mêlent tristesse, ennui et vide existentiel[1].

« La grande difficulté à gérer ses émotions va se manifester concrètement par des réactions émotionnelles exagérées et surprenantes, des changements d'humeur rapides et intenses qui sont impertinents par rapport à la situation ou au contexte dans lequel ils surviennent. Attention cependant à ne pas qualifier à outrance de borderline ce type de relations. Seul leur caractère durable est signe de souffrance, et doit mettre la puce à l’oreille[2]. »

"L’angoisse, l’anxiété sont des données récurrentes chez les personnes qui souffrent d’un trouble borderline quand bien même cela ne se lirait pas sur le visage de la personne. En fait les questionnements récurrents, les remises en question ainsi que "l’auto-flagellation psychique" font partie de leur univers (quand bien même elles peuvent parfois montrer une image d’arrogance). Elles ont de la difficulté à maintenir leurs amitiés et à conserver un emploi stable. Elles vivent de nombreux échecs amoureux, se sentent incomprises, seules et sans espoir." (source AAPEL)








Comment se manifeste le trouble de la personnalité borderline ?

 Ce que nous en disent les membres de l'AAPEL  (Association d'Aide aux Personnes en États Limite) : http://aapel.fr/



"Voici un échantillon des caractéristiques les plus souvent rencontrées. Plus une personne se reconnaît dans ces caractéristiques (en intensité et en quantité), plus elle risque de manifester un trouble de la personnalité borderline. L'impact possible de chacune de ces caractéristiques sur l'entourage est aussi brièvement décrit ainsi que les façons de réduire l'ampleur de cet impact."

"C’est un mélange de nombreux symptômes, plus ou moins accentués selon les personnes et qui leur sont plus ou moins conscients. »



« bien qu'il soit possible de se mentir au niveau conscient, au niveau inconscient c'est totalement illusoire » - Alain TORTOSA, Fondateur de l'AAPEL.



. Les personnes aux prises avec ce type de difficultés sont habituellement instables sur le plan émotionnel : elles réagissent de façon disproportionnée ou imprévisible, elles sont irritables et colériques et elles changent rapidement d'humeur. Elles ont aussi beaucoup de difficultés à gérer le stress au quotidien et tolèrent mal la frustration.
L'impulsivité des personnes atteintes d'un TPL (trouble de la personnalité limite) peut être la conséquence du sentiment de ne pas être à la hauteur des attentes d'autrui. 

Le patient peut en l'espace d'une seconde passer de l'état d'"ange" à l'état de "monstre" apparemment sans cœur et sans état d'âme.



. Des relations interpersonnelles intenses, très chargées émotivement et instables, alternant entre des sentiments extrêmes et opposés : l'idéalisation lorsque l'autre semble combler le sentiment de vide et de désespoir, et la dévaluation à la moindre déception ou frustration ; attitude fusionnelle insécure et possessive (ou lutte contre cette attitude ; indépendance de façade à l’autre)

« Ce sont des sujets qui sont avides sur le plan émotionnel, pouvant devenir dépendant des autres. Néanmoins, quand cette dépendance devient intolérable pour le sujet, elle peut conduire à la rupture ou au rejet[1] ».

« « J’ai peur que l’autre envahisse mon intimité et porte atteinte à mon intégrité. J'ai peur de me sentir étouffer ou de perdre mon identité lorsque je suis en relation rapprochée ou intime avec d’autres personnes » (peur d’être englouti) ; faible tolérance à une relation calme ou neutre; besoins affectifs intenses et peur d'être profondément blessé. La personne demande de manière excessive et régulière à son entourage, des choses qu’ils ne peuvent ou ne doivent pas donner, comme exiger beaucoup de leur temps et de leur disponibilité ; se comporter souvent comme si on avait droit à un traitement de faveur ou comme si les gens étaient redevables de quelque chose à cause des difficultés que la personne traverse » 

Les patients ne peuvent pas faire confiance à autrui. Ils sont souvent sur la défensive et "fonctionnent" au 1er degré et ce,  jusqu'à la paranoïa.



. L'instabilité affective est liée à une très grande sensibilité et à une vulnérabilité aux événements, aux situations ou aux remarques négatives des autres, provoquant des réactions intenses d'irritabilité, de dépression, d'anxiété, de rage et de désespoir; amplification rapide des sentiments; fluctuations d'humeur sans raison apparente. 

Elles sont également instables dans leurs relations avec les autres qui sont vécues dans un mode de clivage «amour-haine». Par exemple, elles peuvent estimer et adorer un collègue de travail une journée et le détester profondément le lendemain. Ceci s'explique par le mode de pensée «tout noir ou tout blanc» des personnes atteintes. Il y a rarement de zones grises avec elles. Sans nuance, elles sont souvent perçues comme d'excellentes manipulatrices. De plus, elles blâment souvent les gens de leur entourage pour expliquer tous leurs ennuis. Elles se perçoivent toujours comme des «victimes». Leurs relations interpersonnelles sont ponctuées de chicanes et de disputes constantes. Quand la personne croit être traité de façon injuste (que cela soit vrai ou non), elle réagit souvent violemment et impulsivement et ne trouve, des jours et des semaines durant, pas d’issue à son univers d’idées de vengeance, de reproches vis-à-vis de lui-même et des autres ou même de haine de soi-même.

  

Beaucoup de gestes des autres sont interprétés faussement ou qualifiés comme hostiles de par une surinterprétation. Ils sont intensément analysés et examinés par rapport à leur contenu de « signaux ». La personne a des difficultés à interpréter justement le comportement des autres. Sa perception de l’autre est très changeante.
La colère intense et déplacée est l'un des symptômes les plus troublants du TPL (trouble de la personnalité limite). La colère exprimée dans le trouble de la personnalité limite est jugée déplacée parce que son niveau est habituellement plus élevé par rapport à ce qui est requis par la situation ou l'évènement en cause. Par exemple, une personne atteinte d'un TPL peut réagir à un évènement qui peut d'abord sembler sans importance pour autrui (ex. : un malentendu) en exprimant des sentiments très intenses et des accès de colère (ex. : crier ou devenir violent physiquement). La stabilité des relations sociales de ces personnes est constamment menacée en raison de la nature explosive de leur colère."

Leur instabilité les affecte dans toutes les sphères de leur vie, que ce soit dans leur vie personnelle, amoureuse ou professionnelle. Elles ont de la difficulté à s'organiser et leurs capacités parentales en sont diminuées. Une recherche de sensations fortes dans des comportements impulsifs potentiellement dangereux ou dommageables (alcool, boulimie, conduite automobile téméraire, comportement sexuel à risque, dépenses excessives, jeu, vol à l'étalage) dans le but de combler le sentiment de vide, de se créer une identité ou de soulager sa grande douleur. Ce type de comportement devient facilement irritant ou troublant pour l'entourage. Il est important alors d'être sensible à la détresse sous-jacente à ces comportements excessifs et de communiquer cette compréhension en évitant de juger ou de condamner, mais en confrontant la personne aux risques qu'elle prend tout en exprimant nos préoccupations et notre attachement. D'un point de vue plus positif, il peut être stimulant de se laisser influencer par ces personnes en s'ouvrant aux découvertes, aux nouveautés, aux fantaisies, tout en étant bien en contact avec soi-même et attentif à ses limites personnelles.

. Une difficulté à contrôler la colère, qui est exprimée souvent de façon intense, violente, imprévisible et inappropriée, et qui peut disparaître aussi rapidement; ou difficulté à exprimer de la colère de peur de perdre le contrôle. L'entourage reste souvent perturbé plus longtemps par les accès de colère de la personne borderline, alors que pour celle-ci, tout est, habituellement, oublié rapidement. Il s'agit donc de ne pas dramatiser outre mesure ces accès de colère, tout en affirmant quand même certaines limites acceptables. Il ne faudrait pas ridiculiser les accès de colère (ce qui ne ferait que les accentuer), mais les prendre avec un certain détachement et de l'humour (mais aussi de la compréhension), ce qui dédramatiserait la situation, car pour la personne borderline ce n'est souvent pas aussi dramatique qu'il n'y paraît (elle a simplement besoin de laisser sortir de la vapeur). 
. Une capacité réduite à prévoir les conséquences de ses actes.
. Une faible tolérance à la frustration, ce qui généralement engendre des colères parfois intenses. 
. Une pauvre estime de soi, un sentiment de honte, une image négative de soi-même (l'impression d'être sans valeur, d'être un monstre, d'être méchant et démoniaque), provoquant parfois un besoin de se considérer comme un être meilleur ou supérieur aux autres, s'imposant des standards perfectionnistes, ayant une perception de soi irréaliste et une difficulté à accepter l'échec; besoin d'être valorisé, de recevoir l'approbation et la reconnaissance des autres. 

. Des moments passagers d'idées paranoïdes ou de symptômes de dissociation (impression de ne pas être là, de perdre contact avec soi-même, de se sentir étranger, irréel, engourdi) en réaction à un stress intense. Il est très compréhensible que de telles situations soient inquiétantes pour l'entourage. Il ne faut pas perdre de vue que ce sont des réactions temporaires à une situation de stress (et non une maladie chronique) et que la personne retrouve généralement son état normal assez rapidement. Il faut donc rassurer la personne borderline à ce sujet, mais si ces réactions sont fréquentes et excessives, on peut aussi lui suggérer d'aller chercher de l'aide professionnelle et souligner qu'il existe des médicaments pouvant réduire l'intensité de ces réactions et donc lui être utiles.

. Une difficulté à apaiser soi-même sa détresse en pensant simplement à quelqu'un qui l'aime ou l'apprécie; besoin de la présence physique de l'autre pour y arriver; la faible tolérance à la détresse est liée à une carence d'expériences positives.

. Un trouble de l'identité, avec une image de soi instable, un sentiment d'être morcelé, de se donner différentes identités selon l'interlocuteur, et un sentiment chronique de vide intérieur. L'entourage se sent souvent démuni devant ce genre d'attitude. Il est important d'encourager la personne borderline à exprimer ce qu'elle pense et ressent vraiment tout en validant ce qu'elle exprime, et de lui faire part des qualités qu'on reconnaît en elle (voir les caractéristiques positives mentionnées plus haut), de ses bons côtés, de sa valeur comme personne méritant d'être respectée et aimée.


. La peur de la folie (que les émotions intenses et les comportements excessifs hors contrôle soient des signes de folie). Il est souvent dramatique que l'entourage développe cette perception de folie et la transmette à la personne borderline par manque d'information. Il est donc important de bien s'informer sur ce qu'est un trouble de la personnalité borderline, et d'en faire part à la personne concernée, afin d'en avoir une perception plus réaliste qui sera aussi transmise à cette personne.

. Un besoin de compenser un manque de contrôle sur soi-même et sur sa vie en contrôlant et en manipulant les autres

"Manipulation ou Désespoir ?

Ce n'est pas un secret que les non-borderline se pensent souvent manipulés et victimes de mensonges par le ou la borderline de leur cœur. En d'autres mots, ils se sentent contrôlés ou manipulés par des moyens tels que des menaces, des situations sans gagnant, "traitement par le silence," des crises de rage, et d'autres méthodes qu'ils perçoivent comme injustes.



Ces personnes borderline sont-elles conscientes de la manipulation qu'elles exercent sur l'autre ?

Nous croyons que, dans la plupart des cas, les comportements de la personne borderline ne sont pas intentionnellement manipulateurs. Plutôt, ce genre de comportement peut être vu en tant que tentatives désespérées de faire face à des sentiments douloureux ou d'obtenir leurs besoins satisfaits, sans but de nuire à autrui" (Bpdcentral, “Are people with BPD manipulative?”, www.bpdcentral.com 2001) 

Lorsqu'elles peuvent être conscientes d'une certaine forme de manipulation, elles ne voient pas d'alternative à leurs comportements et parfois ne sont même pas conscientes d'être dans une absence d’alternative (elles peuvent croire qu'elles sont face à un choix alors qu'il n'en ait rien. On ne peut appeler "choix" une situation dans laquelle si on va à gauche on en réchappe et si on va à droite on meurt !)



Ce genre de comportement est irritant pour l'entourage. Il est faux de prétendre qu'il ne faut jamais se laisser manipuler par une personne borderline en craignant qu'elle en abuse. On se retrouve alors dans une guerre de pouvoir qui n'en finit plus. Comme avec un enfant, il est préférable de tolérer un certain degré de manipulation. Il devient alors plus facile pour cette personne d'accepter éventuellement des limites, si elle se sent comprise et si elle sent qu'il y a une certaine tolérance.



Le « borderline » a un mode de fonctionnement qui est totalement différent et qui, de plus, échappe généralement à son conscient, quand bien même cela peut ressembler de l’extérieur à du narcissisme.
Il peut aussi dans certaines circonstances donner le sentiment de nier l’autre. Mais dans ce mode d'action dit « borderline », l'autre n'existe pas, non pas parce qu'il est quantité négligeable ou parce qu’il serait « inférieur », mais parce que le problème n'est pas là.



. Une très grande sensibilité aux autres; capacité à percevoir les points sensibles et vulnérables des autres, à comprendre ce qu'ils ressentent tout en ayant parfois de la difficulté à en tenir compte ou en s'en servant pour blesser les autres. Ceci peut être très troublant pour l'entourage. Il faut donc être prêt à être confronté à sa propre détresse, à être touché à ses points sensibles et vulnérables afin de se sentir moins fragile à ces attitudes. Sinon, il y a peut-être lieu d'aller chercher de l'aide pour soi-même.



. De bonnes compétences et capacités de performance, malgré de grandes carences, dans certaines situations ou certains domaines et perte de moyens dans d'autres situations, ce qui est souvent difficile à comprendre pour l'entourage. Il est important de bien reconnaître et valoriser les compétences tout en évitant de juger négativement les carences. Il faut encourager alors cette personne à persister pour améliorer ses carences en lui rappelant les compétences qu'elle a par ailleurs et ses caractéristiques positives.

Les patients souffrent souvent de désorganisation et sont capables de "se noyer dans  un verre d'eau". Il y a souvent la même "pagaille" dans leur quotidien que dans leur tête. (certains camouflent cette peur par une sur-organisation "précaire")



. Des menaces ou des gestes suicidaires  dans le but de crier ou de soulager sa détresse insoutenable. Il ne faut surtout pas jouer au thérapeute mais plutôt exprimer à cette personne notre attachement, notre inquiétude et nos limites, et l'inciter à se procurer de l'aide professionnelle.

. Une hypersensibilité à l'abandon, réelle ou imaginée, reliée à une incapacité de vivre la solitude, et efforts excessifs pour l'éviter (rage, colère, menaces, supplications, etc.). L'entourage se sentira facilement coupable dans de telles circonstances et c'est normal. Qu'il s'agisse, d'un abandon réel (rupture définitive de la part du conjoint) ou imaginé (absence temporaire pour une raison quelconque, que ce soit le travail ou autre chose), il est préférable de ne pas se soumettre au besoin de la personne borderline d'éviter l'abandon, même si ça peut être efficace à court terme (soulagement de sa détresse et de notre culpabilité), car la situation deviendra de plus en plus insoutenable et frustrante à plus long terme, avec un désir de rejet encore plus pénible à vivre pour tout le monde. Ils sont terrifiés à l’idée d’être abandonnés mais sont en même temps incapables d’empêcher leur trouble de détruire leurs relations. »
« L'abandonnique (la personne qui craint d’être délaissée, abandonnée)  redoute par-dessus tout le fait qu'on ne s'occupe plus de lui. Il voit dans ce manque de sollicitude une privation d'amour qu'il ressent comme une frustration. Il réclame des certitudes absolues et des réassurances persistantes, seules certaines personnes élues comme objets sont capables de lui apporter la certitude qui alimente sa sécurité. Il est habité par la hantise d'être abandonné et, projetant sa peur sur l'objet, il lui attribue des arrière-pensées, des doutes, des sentiments d'antipathie, des intentions méchantes ou des mobiles agressifs et hostiles. Cette crainte constante d'être "lâché" met l'objet dans une situation si difficile et si lassante qu'elle peut aboutir à la longue à un lâchage réel. Telle est la fatalité qui pèse sur l'abandonnien, il favorise l'abandon[1]. »


Regard sur l'univers des personnes atteintes d'un trouble de personnalité limite…

Marc-Simon Drouin, psychologue, professeur du Département de psychologie et directeur du Centre de services psychologiques de l'UQAM (Canada) et Hubert Van Gijseghem, psychologue, expert psycholégal et professeur à la retraite de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal nous explique ici le raz de marée intérieur vécu par quelqu'un qui présente un trouble de la personnalité limite:

Quelques extraits pour mieux comprendre :

"Un borderline au niveau affectif ressemble un peu à un enfant de 3 ans. Un enfant de 3 ans qui fait une colère c'est intense et à ce moment précis, cet enfant-là n'a pas du tout la capacité de raisonner en même temps qu'il est en train de faire sa colère ou d'avoir une émotion intense. La colère ou l'émotion prend toute la place et il n'y a plus la capacité alors de mettre les cognitions adéquates là-dessus (la perception et la vision de soi-même, d’autrui et des évènements) ou de mettre des pensées là-dessus

Ca donne un portrait clinique extrêmement intense. Quand c'est un enfant de 3 ans, c'est impressionnant, ça ne fait pas trop peur mais quand c'est un adulte qui vous fait une crise comme ça, c'est impressionnant
Le borderline est quelqu'un qui n'est pas capable de mettre des pensées sur ses émotions.
...
Les gens qui vivent avec une personne borderline en ont un peu peur, ils craignent ces débordements, ces tempêtes, parce qu'ils sont imprévisibles et viennent d'une dynamique interne. Tout à coup le débordement est là et on se dit "qu'est-ce que j'ai encore fait". Ils nous font peur parce qu’ils ne se contiennent pas.
 

Une image qui peut aider à comprendre : essayer d'imaginer un système d'alarme extrêmement sensible ; un bon système d'alarme pour vous c'est un système d'alarme qui est capable de vous dire quand il y a un danger et quand il n'y en a pas ; si votre système d'alarme se déclenche à chaque fois qu'il vente, vous avez un problème ; ça ressemble à ça un borderline, c'est quelqu'un qui a une sensibilité et une vulnérabilité extrêmement pointue. Il a un très bon système d'alarme, il perçoit tout, mais un très mauvais système de contrôle de son système d'alarme. Donc l'alarme est là, il perçoit  à peu près tout mais tout prend des proportions énormes parce que le système de contrôle de l'alarme n'est pas capable de distinguer ce qui est dangereux de ce qui ne l'est pas, ce qui est urgent et ce qui ne l'est pas. Il n'est pas capable de tenir compte d'un contexte ce que fait un stimulus normal, là tout prend des proportions énormes parce qu'il y a un âge où cela aurait été important de distinguer ce qui est important de ce qu'il ne l'est pas et qu'il n'y a pas eu ce cadre  qui aurait permis de distinguer ça.

  

Ça vient d'une vulnérabilité héréditaire, d'une sensibilité extrêmement grande et des affects plus intenses déjà au départ. Ces enfants-là, à un âge où il est important que les pensées prennent en charge les émotions ont vécu dans un milieu soit instable, soit abusif ou présentant toutes sortes de caractéristiques qui font en sorte que les pensées n'ont pas pu venir à la rescousse des émotions. Ces émotions se présentent toujours avec une urgence et une intensité extrêmement grande et ils sont incapables de tenir compte du contexte exactement comme un enfant de 3 ans.

Pas de passé affectif et pas de futur affectif : quand on est dans une chicane de couple, ce qui nous permet de survivre à cette chicane, c'est de se souvenir que l'on aime cette personne malgré le fait qu'on soit fâché. Quand un enfant de 3 ans dit à son père "je t'aime plus", c'est vrai qu'il ne l'aime plus. C'est au parent qui vit avec de se dire "ça va passer, c'est pas très grave" mais quand on est en relation avec un adulte qui nous fait des montagnes russes comme ça (idéalisation/dévalorisation ; amour/haine ), quand il ne nous aime plus (quand il ne se sent plus en lien avec nous) , il ne nous aime plus  et c'est la seule chose qui est présente dans son esprit. Plus tard, il n'y aura pas de souvenir affectif d'avoir dit ça, pour lui, c'est du passé.
Chez le borderline, l'autre n'est pas préservé et cet attachement à l'autre, cet engagement à l'autre ne l'est pas non plus.

La quiétude de la vie de couple est très basée sur la préservation de l'autre, prendre soin de l'autre  et tout le temps retricoter le lien. Le borderline ne fait pas ça : tout à coup il explose et l'autre va disparaître, il est détruit ou l'image de l'autre est détruite (vision des choses en noir et blanc; pas de nuances; pas de prise en compte du contexte) Cette alternance entre idéalisation et dévalorisation, même destruction, est quelque chose d'invivable pour le conjoint du borderline. 

Le travail psy à faire avec le borderline est de développer une représentation de l'autre car le borderline n'est pas capable de distinguer son monde interne du monde externe. ex : "ce que moi je ressens correspond à la réalité" et de les amener à réguler leurs émotions (thérapies individuelles, thérapies de groupe et psycho-éducation).
Les crises sont très fréquentes chez le borderline car les émotions se présentent de façon tellement intenses et l'environnement est tellement pas ajusté à ça et pas prêt à recevoir ça que ça créée des crises presque continuelles
[1]."


Les pensées automatiques des personnalités borderline sont du type : (source : AAPEL)



« Je suis faible »

« Je serai toujours seul »

 «Personne ne pourra jamais m’accepter »

« Je suis impossible à vivre, mauvaise, coupable »« Je me trouve dans une situation émotionnelle ingérable... voire "mortelle" de mon point de vue, il me faut donc absolument sortir de cette situation émotionnelle »
« Mon émotion décide alors pour moi de la façon dont je dois procéder et même si mon conscient sait que ce n’est pas la solution, je subis mon émotion »

«  Si pour sortir de cette situation, j’ai été amené à nier l'autre, l'écraser, etc., cela ne faisait néanmoins pas partie de mon objectif qui était ‘d’en sortir’ »

« Je suis conscient de ce que j’ai fait. Je pense que c’était mal, et je suis ainsi face à un problème de conscience, de culpabilité qui à nouveau génère une émotion pouvant être insupportable, il me faut donc absolument sortir de cette situation »

« Si je ne peux pas trouver d’alternative pour sortir de cette panique émotionnelle, alors je tente de rendre totalement responsable l'autre de ce qui est arrivé, non pas parce que  je cherche à le rabaisser ou m'en servir mais parce que si ce n'est pas lui le responsable alors c'est moi et moi je ne pourrais pas me supporter en ayant agis ainsi »

« D’une certaine façon je reproche à l’autre de ne pas m’avoir empêché d’être moi-même. Il aurait dû me protéger malgré moi et m’empêcher de me mettre dans cette situation. S’il m’avait respecté et aimé, il ne m’aurait pas mis dans cette situation émotionnellement ingérable. C’est donc bien de sa faute si tout ceci est arrivé »

"Je ne cesse de papillonner d'une personne à l'autre. D'abord je suis tout feu tout flamme, tout m'enthousiasme, mais bien vite les mêmes choses m'ennuient complètement."

Je refuse de voir les faits tels qu’ils sont.

Je change souvent d’idée, je suis influençable.

J’ai souvent de gros problèmes de concentration

« Il y a des jours où je me réveille avec le sentiment que l’existence me pèse comme une chape de plomb. Tout me semble vain, sans issue, et tout ce que j’entreprends est voué à l’échec. En même temps, il suffit que pendant ce genre de journée je reçoive un compliment, que quelqu’un m’approuve ou m’encourage, et j’ai alors l’impression que je pourrais soulever des montagnes, résoudre n’importe quelle difficulté avec le sourire. Dans l’autre sens, c’est la même chose. Il suffit d’une critique, d’un seul mot ou d’un seul regard, pour me faire tomber au fond du trou. Alors je me retire complètement, je débranche le câble du téléphone, je romps tous mes contacts, je ne dis plus rien, on ne peut plus m’atteindre. »







Les croyances sont [1] :

  • « je ne peux m’en sortir tout seul, mais qui peut m’aider ? »

  • «il ne faut pas dépendre des autres, sinon on risque de se faire rejeter »

  • «je dois contrôler à tout prix mes émotions, sinon c’est la catastrophe »

  • «de toute façon, je n’arriverai jamais à me contrôler »



La personne borderline et ses proches (intimes)

Comment un "non" (borderline) peut-il gérer ce type de relation ? (source AAPEL)

« Nous sommes la dans un véritable casse tête.

Si nous agissons alors nous pouvons déclencher le clivage (passer de "tout bon" à "tout mauvais") et si nous n'agissons pas alors nous n'aidons pas l'être aimé qui est en demande d'aide, d'informations et de limites (même s'il ou elle ne peut l'exprimer ainsi).

La majorité, pour ne pas dire la totalité des "non-", vous diront qu'ils vivent dans l'angoisse de la future explosion... Ils peuvent dire d'une certaine façon "je marche les yeux bandés sur un champ de mine, tout ce que j'ignore, c'est quand la prochaine va m'exploser à la gueule". Peser chaque mot, chaque verbe, chaque adjectif et même chaque silence pour éviter la "décapitation symbolique". Parce que chaque "défaut" est signifié par le "borderline" comme une condamnation sans appel

Par conséquent "LA solution" n'existe pas. La meilleure des façons est probablement de tenter d'expliquer que nous savons pourquoi "notre" borderline agit ainsi, lui expliquer que ce n'est pas parce qu'il ou elle est "mauvais(e)" mais aussi lui expliquer que son comportement nous blesse... mais au final que l'espoir est possible

... et pour conclure, bien sur, ce n'est pas parce que nous pensons savoir pourquoi l'être aimé(e) agit ainsi que pour autant cela ne nous blesse pas. Le plus pénible à supporter étant sans doute sa propre impuissance face aux comportements de la personne en souffrance (parfois maintenue dans cet état par son environnement) »

Il est connu que de nombreux proches finissent par se retrouver en thérapie parfois même alors que "leur" "borderline" se trouve, lui, encore dans le déni... Il devient alors de fait logique de se poser la question d'une éventuelle "contagion" »



Quels sont les symptômes que peut développer le proche "contaminé" par le trouble borderline de son aimé(e)[2] ?  



« Quasiment tous les symptômes DSM d'un trouble borderline ! »

  • Peur de l'abandon (le proche peut "marcher sur des œufs", se mettre à ne pas dire ce qu'il pense à son "border", se mettre à prendre soin de ne pas le contrarier, etc. par peur de subir ses reproches et le perdre)
  • Clivage (Le proche peut se mettre à ne plus savoir s'il aime ou s'il déteste son partenaire "border", si son "border" est une "victime" ou un "monstre", s'il est sincère ou menteur, si son "border" est gentil ou méchant, etc.)
  • Perturbation de l'identité (Le proche peut finir par ne plus savoir qui il est à force de subir le clivage de son "border", il peut se demander s'il a toutes les qualités ou tous les défauts du monde, s'il est nul ou parfait, s'il agit bien ou mal, s'il est amoureux ou masochiste, etc... bref il peut se retrouver totalement perdu au point de ne plus savoir qui il est)
  • Impulsivité (A force de questions sans réponses, à force de freiner ses émotions, le proche peut se mettre à chercher des compensations dans des conduites à risques, dépenses, etc. bref à "compenser" son mal être)

  

  • Tentatives de suicide (Ce type de situation invivable, d'une grande solitude, car il arrive que le proche ne soit pas soutenu dans son propre entourage qui ne comprend pas pourquoi il "insiste" et ne renonce pas, une situation dans laquelle l'espoir semble absent peut mener le proche à la dépression et à la tentative de suicide face à son sentiment de totale impuissance et perte de tous repères)
  • Instabilité affective (le proche ne sachant pas qui il aura face à lui, ange ou démon, peut avoir des période de vide, de dysphorie mais aussi des moments de révolte, d'angoisse, etc... bref avoir de nombreux changements d'humeur)
  • Colères (idem, à force de contrôle de ses émotions, à force de se sentir impuissant, le proche peut se mettre à avoir des colères intenses, voire non contrôlables face par exemple à des situations stressantes, de mensonges, etc.)
  • Idéation persécutoire (La encore idem, le proche peut se retrouver à moitié "parano" à force de chercher des messages cachés pour comprendre l'incompréhensible, il peut parfois avoir le sentiment de devenir à moitié dingue, imaginer des scénarios, etc.)
Bref, tout ce qui constitue les bases d'un trouble de la personnalité borderline, intéressant, non ?

Et pourtant, nous sommes la face à ce que l'on pourrait appeler un "trouble borderline réactionnel", une espèce de "trouble borderline post traumatique"... Si ce n'est pas de la contagion au sens propre, cela y ressemble vraiment beaucoup.
Bien entendu ce "faux trouble" avec "vraie souffrance" est lui, beaucoup plus facile à traiter qu'un "vrai" trouble de la personnalité borderline. »

Y'a t'il possibilités d'être "immunisé" contre cette "contagion" ?

« Nombreux sont ceux qui ont une solution radicale à proposer au proche, par exemple du type "partez en courant !".
C'est effectivement la solution dans le cas où il n'y a plus guère de choix, genre "je pars ou je fais finir par y laisser ma santé mentale".
Pour autant cette "contagion" ne peut s'opérer selon moi que si au moins ces deux facteurs sont réunis:
·         Le proche ne sait pas que "son border" souffre d'un trouble de la personnalité borderline ! 
Mais...
·         Du jour où vous savez que les comportements "bizarres" et contradictoires de votre partenaire "border" sont le fruit d'un trouble de la personnalité borderline et non de sa nature...
  • Du jour où vous savez que la situation ne dépend pas (peu) de vous, que ce n'est pas vous qui êtes la cause de ces comportements...
  • Du jour où vous acceptez l'idée que la majorité des reproches que vous subissez sont en fait des reproches qu'il se fait à lui-même...
·         Du jour où vous êtes en accord avec vous-mêmes
... alors vous êtes "immunisé" contre cette contagion.

Immunisé, oui, mais sans souffrances, non !
Il ne s'agit pas de confondre ici être "immunisé" et ne pas souffrir.
Ce n'est pas parce que vous comprenez (globalement) les comportements de votre "borderline", que vous savez que c'est son trouble qui provoque certaines réactions qui vous font mal, que vous comprenez du mieux possible sa souffrance, que pour autant vous ne souffrez pas vous-mêmes de cette situation.
Non, cette situation peut se révéler infernale à vivre, d'autant plus que votre "borderline" demeurerait dans le déni.
Il n'en demeure pas moins qu'elle est beaucoup plus supportable que cette incompréhension qui peut rendre à moitié dingue ! »


Une souffrance partagée :

"Les tempêtes d’émotions dans lesquelles sont prises les personnes concernées n’épargnent pas leurs proches. Les tentatives de suicide et/ou les automutilations ont souvent un effet culpabilisant sur l’entourage. Une relation de co-dépendance risque de se développer, par exemple lorsque l’humeur des proches ne dépend plus que du bien-être de la personne concernée. Les proches peuvent cependant apprendre à établir des relations secourables. 


Les proches n’échappent pas à la dynamique provoquée par le trouble de la personnalité borderline. Tout comme les personnes concernées, ils éprouvent également des sentiments d’attachement, d’affection, de dépendance, de colère, de haine ou de déception très intenses. Si cette intensité émotionnelle contribue à la richesse des relations avec les personnes concernées, elle risque également d’amener leurs proches au bord de l’épuisement et du désespoir. Il convient en effet de rappeler que le trouble borderline signifie un rapport perturbé avec soi-même et autrui et qu’il se manifeste avant tout dans les relations interpersonnelles. Les personnes concernées ont par exemple profondément peur d’être abandonnées par les personnes auxquelles elles attachent beaucoup d’importance et font de grands efforts pour éviter ces abandons réels ou imaginés. Tandis qu’une personne se mettra en colère lorsqu’elle se sent abandonnée, une autre n’aura pas d’autre moyen que de s’infliger des blessures ou de faire une tentative de suicide.
Beaucoup de proches souffrent profondément des blessures psychiques ou physiques que les personnes concernées leur infligent ou s’infligent à elles-mêmes. Ils se sentent souvent responsables des difficultés éprouvées par l’autre et font de leur mieux pour l’aider à résoudre ses problèmes. Le risque est alors grand que le partenaire, les parents ou les amis s’oublient et ne vivent plus que pour l’autre. Les professionnels parlent dans ce cas de relation de co-dépendance, par exemple, lorsque l’humeur des membres de l’entourage dépend exclusivement de l’état de la personne concernée[1]."

Comment établir une bonne relation avec la personne souffrante ?

"La meilleure réponse à la maladie consiste à se comporter en faisant preuve de compréhension et en établissant des limites claires. Car les personnes concernées par le trouble de la personnalité borderline ont beau être les premières à souffrir de leur comportement, elles n’arrivent souvent pas à le contrôler en situation de crise. Établir des limites claires est donc important pour se protéger et protéger la personne contre des comportements dommageables. Dans les situations de crise, il est rarement possible de résoudre les conflits en discutant. La peur et la logique s’accordent mal l’une à l’autre.
Les proches ont souvent tout intérêt à d’abord se retirer et à ne parler des problèmes qu’une fois la crise passée. Lorsque la personne concernée risque visiblement de se faire mal ou de se mettre en danger, il est nécessaire de faire appel à une aide extérieure. Dans de telles situations, les proches ne doivent pas hésiter à appeler un médecin d’urgence ou à encourager la personne concernée à prendre contact avec son thérapeute ou à se rendre dans une clinique. Il est fréquent que les proches et les personnes concernées jugent certains symptômes complètement différemment[2]."
Comment réagir face au malade, quels comportements adopter et quels comportements bannir ?

«  Rentrer dans son jeu est le contraire d'une aide, c'est un cadeau empoisonné. L'erreur la plus fréquente, notamment parce que l'on a des sentiments pour la personne est de l'autoriser à avoir des comportements que l'on n'admettrait pas d'une personne en bonne santé.

Son statut de malade ne doit pas s'accompagner d'un statut d'handicapé !

Ce n'est pas à la personne qui souffre, au "borderline" à fixer ses limites mais à l'entourage qui doit affirmer : "Voici les limites à ne pas dépasser"
S’il doit, en conséquence, se mettre en colère, qu'il le fasse, de toutes les façons il est préférable qu'il extériorise ses sentiments.
Il ne doit pas avoir le sentiment que sa maladie lui donne tous les droits comme par exemple celui d'être odieux avec les siens (alors que dans le même temps, pour les personnes éloignées, le patient pourra quasi passer pour un saint)
Faire semblant, c'est nier les signes d'alertes et d'appels au secours que lance la personne qui souffre.
Elle aura alors tendance à réserver ses crises quand elle est seule.
Dans le même temps il faut toujours garder en tête que c'est une victime qui souffre, il faut donc toujours le traiter avec compassion et empathie[3]
. »
 





4 commentaires:

  1. Que dire après tout ça ?
    Magnifique travail de synthèse qui laisse à réfléchir.

    Je pense qu'il est compliqué d'argumenter en se basant sur sa propre expérience car c'est une part intime de son vécu et le faire publiquement n'est pas aisé.

    Deux ou trois choses toutefois.

    "Si nous agissons alors nous pouvons déclencher le clivage (passer de "tout bon" à "tout mauvais") et si nous n'agissons pas alors nous n'aidons pas l'être aimé qui est en demande d'aide, d'informations et de limites (même s'il ou elle ne peut l'exprimer ainsi)."
    Je pense que dans un cas comme dans l'autre (agir ou ne pas agir), cela peut déclencher le clivage.
    Et cela devient quelque chose d'inextricable.
    Quoique le non-borderline fasse, il a peur de ce déclenchement.

    Les conseils donnés pour le non- sont judicieux.
    Le hic est déjà de savoir que l'aimé(e) souffre de ce trouble.
    Et si le borderline est dans le déni, alors même que le non- le sait (ou le pense), comment arriver efficacement à appliquer des limites ?
    Elles risquent d'être inaudibles au borderline.
    Cela ne risque-t-il pas d'aggraver encore plus ce trouble ?

    Pour ma part, sans une acceptation du borderline de sa maladie et de consulter un spécialiste pour tenter d'y remédier ou de l'atténuer, la seule issue de la relation est dans la rupture.
    Et cette rupture ne saurait être vécue sereinement ni par l'un, ni par l'autre.
    Le borderline se confortera dans l'idée que ce n'est pas une personne bien, le sentiment d'abandon et renforcera le fait qu'il (elle) avait raison de penser que ce devait se passer ainsi, comme à chaque fois.
    Le non- aura un sentiment d'incompréhension, car la plupart du temps (je présume), il aura toujours des sentiments et aura l'impression peut-être pas d'un gâchis, mais de n'avoir pas été à la hauteur et de quelque chose qui aurait pu être beau, si...
    Simplement, à un moment, il n'aura plus été en possibilité de supporter l'insupportable, un sentiment de culpabilité peut naître aussi, même si c'était la seule chose à faire pour retrouver son Soi.

    En tout état de cause, merci pour ces écrits qui permettront, je l'espère, à des personnes borderline ou non, de trouver des réponses et de pouvoir comprendre, agir, réagir différemment pour trouver des solutions qui leur permettront de vivre mieux.

    Le regard au travers du prisme...

    RépondreSupprimer
  2. Je suis un "non"...en couple depuis 5ans avec une femme merveilleusement "éphomane"...4 ruptures entrecoupées de période vrai bonheur...et d'implication de plus en plus marquée de ma "border" dans notre relation...mariage...achat de la maison...projet de bébé...
    Evidemment coupable, je suis passé par tous les stades, psychothérapie...incompréhension totale
    Nouvelle décompensation brutale en 3 jours...les repproches puis clivage particulièrement exacerbé avec fausse croyance...bref la totale décrite dans votre article...voici 3 semaines...rejet total...de l'homme parfait et attentionné...je suis devenu un monstre manipulateur...envie de divorce...
    Personnellement je ne fuyerai pas l'amour démesuré que j'ai pour mon épouse...m'accoche à cette valeur essentielle...malgré la souffrance que j'endure...
    Puis je encore y croire...encore faudrait-il sortir du déni... Terrible impuissance (mais enfin j'ai compris...ce qui ne fait que majorer l'amour que j'ai pour mon épouse);

    RépondreSupprimer
  3. Je vous souhaite beaucoup de force. Tant que votre épouse sera dans le déni, vous en aurez grand besoin ... sa vie ne doit pas être plus confortable que la vôtre. C'est peut-être là-dessus qu'il faudrait tabler. Faire valoir que prendre en charge ce qui fait souffrir (plutôt que le fuir) équivaut à s'offrir une meilleure qualité de vie.
    Cette façon d'aborder le problème est constructive et positive. Elle peut être entendable.

    RépondreSupprimer
  4. Merci de vos encouragements et vos conseils... Mais actuellement, il n'y a plus de lien...étant donné qu'elle a quitté le domicile conjugal...et que toute ébauche de dialogue semble avorté..
    Je suis un peu désemparé...dans l'attente...essayant de mieux comprendre (ou comprendre enfin) afin de l'aider et la soutenir au cas ou elle me "déclive" et reprenne contacte...

    RépondreSupprimer

Envie de dire quelque chose ? Lancez-vous :-)