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mercredi, janvier 23, 2013

Quand les détenues se transforment en journalistes

Les détenues de la prison des femmes de Rennes ont découvert ce vendredi le premier numéro de "Citad'elles". Réalisé pour et par les détenues, ce "féminin sans barreaux" aborde des sujets aussi variés que la réinsertion ou "comment rester belle en prison".

Sur une table, une montagne de rectangles noirs avec un titre écrit en lettres blanches : Citad'elles. Autour, des regards et des sourires partagés entre la surprise, l'enthousiasme et la fierté.
Le bouclage du premier numéro de leur magazine est terminé depuis trois semaines, mais la quinzaine de rédactrices volontaires, incarcérées à la prison des femmes de Rennes, n'ont découvert le fruit de leur travail que ce vendredi. "Nous sommes fières du résultat et d'avoir fait quelque chose d'utile pour les autres détenues", confie Patricia. Tiré à 500 exemplaires, le magazine sera distribué à toutes les détenues et au personnel pénitentiaire. Deux autres numéros sont déjà financés et elles espèrent les diffuser dans les médiathèques des sept prisons de Bretagne.

Apprenties journalistes investies
À l'origine du projet : l'association Les Etablissements Bollec et la Ligue de l'enseignement d'Ille-et-Vilaine, qui ont guidé pas à pas les apprenties journalistes. "C'est un vrai travail d'équipe", explique Anne-Héloïse Botrec, de la Ligue de l'enseignement. Chargée de la médiation culturelle, elle a repéré certaines détenues "avec du potentiel" lors d'ateliers d'écriture. "D'autres sont venues spontanément et la sauce a prise."
Des newsletters et des fanzine existaient déjà dans les prisons des hommes, mais jamais de magazine aussi abouti n'avait vu le jour. L'équipe a été agréablement surprise par le sérieux et l'investissement des participantes.
Leurs réunions sont devenues des conférences de rédaction et leurs idées des sujets d'articles potentiels. Entourées d'intervenants et de professionnels -dont une journaliste, une plasticienne et un graphiste- elles ont appris la construction d'un magazine de A à Z. "C'est très différent d'écrire des textes dans notre coin et d'écrire pour un magazine. Citer ses sources, trouver un angle, tout ça était nouveau pour nous", raconte Laurence. 

"Une évasion par l'écrit"
Face à elles, 36 pages vierges à noircir. "Que ce soit le titre, les illustrations, les articles, tout vient d'elles", précise Alain Faure, coordinateur du projet pour Les Etablissements Bollec. Au fil des pages, on passe d'un article sur la procédure simplifiée d'aménagement de peine (PSAP) à des conseils beauté "transmis de bouche à oreille entre détenues".
Le résultat suscite globalement la fierté, mais certaines détenues trouvent le ton trop sérieux : "Il faudrait plus d'humour et de légèreté comme un sujet sur la sexualité en prison !", affirme Fabienne. Reste à savoir si un tel sujet sera "publiable". Pour ce numéro, son texte intitulé "L'enfermement rend fou" a été refusé lors de la relecture par l'administration pénitentiaire. Le prochain numéro est déjà en gestation. La plupart des participantes bouillonnent d'idées pour retenter cette "évasion par l'écrit".

Auteur : Vanina Delmas

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