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samedi, février 23, 2013

A Grenoble, bâtir un contre-pouvoir pour se faire entendre

http://banlieue.blog.lemonde.fr/2013/02/07/a-grenoble-batir-un-contre-pouvoir-pour-se-faire-entendre/
Ils sont apparus tels des ovnis au pied des tours grenobloises de la Villeneuve, de Mistral ou celles d’Echirolles. Débarqués de la région parisienne ou de Marseille, ils ont joué les démarcheurs au pied des immeubles, s’enquérant de l’ambiance dans la cité, annonçant leur envie de lui redonner vie et d’aider ses habitants à s’organiser pour se faire entendre.
Huit trentenaires –travailleur social, technicien de la politique de la ville, éducateur spécialisé, directeur de centre social– qui n’en pouvaient plus de servir les pansements sociaux sans espoir de changer les choses, ont décidé de tout plaquer et de lancer leur projet d’empowerment: espace pour des communautés et habitants organisés (ECHO) fut lancé en septembre 2010.

"Tisseurs de colère"
Leur idée est de s’immerger au milieu des habitants de plusieurs cités populaires grenobloises, un peu à
l’image des prêtres-ouvriers des années 1960. Mais avec un objectif plus politique, celui de construire un réseau militant capable de mener des campagnes et de constituer un contre-pouvoir face à la municipalité, aux bailleurs sociaux et autres institutions intervenant dans les quartiers.
Ces jeunes nouveaux militants, non encartés, juste énervés par ce potentiel d’initiatives non utilisé dans les quartiers populaires, veulent faire jaillir ce «pouvoir d’agir» théorisé par le sociologue américain Saul Alinsky et testé dans des cités de Chicago dans les années 1930. Ils s’appellent entre eux des «tisseurs de colère», créateurs d’une toile de solidarités latentes qui ne demandaient qu’à être réveillées.

Lire aussi : L'empowerment, nouvel horizon de la politique de la ville 

Les trois salariés de l’association – financée, entre autres, parla Fondation Abbé-Pierre,la Fondation pour le progrès de l’homme et la Fondation de France – sont partis à la pêche aux leaders potentiels, repérant les grandes gueules, les responsables d’associations, d’amicales de locataires ou les têtes de réseau informels. Ils les ont ensuite formés, organisant des petits séminaires destinés à leur apprendre les méthodes d’organisation, de stratégie d’actions collectives et de négociation.

« A plusieurs, on se sent entendus»
Shéhérazade milite à l’association des résidents des Castelles et s’échinait depuis trop longtemps à se faire entendre du bailleur social. Houda et Joëlle sont déléguées de parents d’élèves dans l’école des Buttes qui a brûlé en juin 2012 et se battaient pour sa reconstruction. Mathieu, président de l’Association des Congolais de France tentait en vain de faire changer les pratiques de l’université à l’égard des étudiants non communautaires. Tous trop isolés ou trop impuissants ont été «réveillés» par les jeunes d’ECHO.
«Je n’aurais jamais pensé que je pouvais éplucher des comptes d’une société, repérer les abus et exiger une baisse des charges au bailleur», assure Shéhérazade, jeune femme ronde au visage voilé. «Interpeller le maire, je n’aurais jamais osé. Mais à plusieurs, avec une demande précise, on se sent entendus», remarque Houda. «Avec les délégués des autres écoles, on se sent plus fort, la mairie nous écoute plus et les travaux de réfection de l’école ont été accélérés», renchérit Joëlle, aide-soignante de 50 ans.

"Formidable confiance"
Nacera était déjà une figure dans son quartier d’Echirolles mais elle s’épuisait à «gueuler seule» dans les réunions du comité de quartier. Avec l’aide d’ECHO, elle sait maintenant comment se coordonner avec d’autres associations et forcer la mairie à ouvrir des négociations: «On y va à cinquante et ça change tout! Les élus ne réagissent pas pareil», assure cette chef d’entreprise de nettoyage.
Au cours d’un dîner de gala où se pressaient tous les officiels, Mathieu a monté une action symbolique, organisant une file d’attente pour accéder au buffet, expliquant que c’est ainsi que les étudiants étrangers sont accueillis pour faire valoir leurs droits. «Ça m’a donné une formidable confiance. Je sais maintenant comment mettre des bâtons dans les roues pour ensuite pouvoir ouvrir une négociation», claironne cet étudiant en droit de la République du Congo.
Le projet a donné naissance début janvier à un nouveau réseau associatif, l’Alliance citoyenne, qui regroupe plus de 300 adhérents. Une réussite qui vaut aux jeunes d’ECHO d’être les premiers à être visités par Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué pour leur mission sur la participation citoyenne.
Sylvia Zappi
 

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