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dimanche, février 17, 2013

Divorce et séparation : quand les enfants sont pris en otages du conflit de leurs parents.


Depuis plus de 48 heures, à Nantes, un homme s’est retranché en haut d’une grue, pour protester contre une décision de justice qui le prive d’un droit de visite et d’hébergement. Il n’a pas vu son fils depuis 2 ans.
Sans rentrer dans son histoire dont on ignore les rouages intimes, et qui semble pleine d’excès, elle est, hélas encore aujourd’hui, le reflet d’un trop grand nombre de situations dramatiques où la séparation du couple se fait dans la haine, la vengeance, le ressentiment, la violence, avec comme bras armé les enfants !
Les parents se déchirent, les enfants trinquent…
Car les enfants peuvent parfaitement se remettre de la séparation de leurs parents. Mais ils ne le peuvent que s’ils sentent qu’au bout du compte, cette séparation est l’occasion d’une détente, qu’elle a apaisé les tensions initiales. La quiétude d’un enfant dont les parents se séparent est à ce prix : pour se construire, il doit savoir possible autour de lui un dialogue parental serein, au risque, dans le cas contraire de se sentir morcelé, dissocié, coupé en deux et horriblement malheureux.

Or certains conflits perdurent bien au-delà de la rupture, deviennent batailles rangées quand ils ne virent pas à la vraie guerre avec, alors, des enfants pris en otage. Car le conflit qui s’éternise va tout naturellement se cristalliser autour des enfants qui demeurent les seuls liens puissants.  Plus un des parents aura du mal à tourner la page, se sentira humilié, trahi, bafoué, plus l’enfant risque de servir de prétexte à une vengeance, toujours inavouée, parfois même inconsciente. La guerre est déclarée avec comme maître mot « l’intérêt de l’enfant » !

Qu’ils soient petits, qu’ils soient grands, les enfants sont complètement perdus dans ces conflits, d’autant plus qu’ils sont mis en demeure de choisir un camp… Or avant l’adolescence l’enfant n’a aucune autonomie psychique vis-à-vis de ses parents : avide de sécurité, hanté par la peur de ne plus être aimé et dès lors abandonné, quand il est avec sa mère, c’est elle qui a raison, quand il est avec son père, c’est lui. Comment s’y retrouver ? Les adolescents, avec toute l’ambivalence qui caractérise leurs liens affectifs à ce moment- là, peuvent avoir des attitudes tranchées, dont un des parents se saisit, parce que ça l’arrange, mais qui peuvent ensuite laisser chez leurs enfants des regrets amèrs. C’était le cas de cette jeune fille de 15 ans, rencontrée à la demande du juge aux affaires familiales. Elle avait, dix mois auparavant, « choisi » de plus voir sa mère et d’aller vivre chez son père, qui n’avait pas manqué de lui souligner « l’ingratitude d’une mère qui part ». C’est avec une vraie jouissance qu’elle avait alors pris auprès de lui la place, inconsciemment convoitée, de sa mère. Jusqu’au jour où elle réalisa que son père avait une autre femme dans sa vie. Sa haine fut alors à la hauteur de tout l’amour exprimé et sa douleur profonde : elle ne voulait plus en entendre parler !
Dans ces contextes hautement conflictuels, la tâche des Juges Aux affaires Familiales est rude ! Pour avoir travaillé plusieurs années auprès de certains d’entre eux, je sais qu’il n’est pas si simple d’être clairvoyants. Les enfants peuvent être complètement prisonniers du  discours haineux d’un parent, ou bien être absorbés par son angoisse de séparation.

Bien sûr on peut avoir à faire à  des pères défaillants et toxiques, dont il faut protéger les enfants, cela existe ! Mais on en rencontre beaucoup plus qui sont des pères aimants, tout à fait en mesure d’assumer leurs enfants, et qui sont malheureusement en butte aux fantasmes de toute puissance de mères terrorisées à l’idée de lâcher « leurs petits » le temps d’un week-end, d’une semaine ou d’un mois pendant les vacances.
J’ai entendu de nombreuses fois des mères me dire qu’elles vivaient ces séparations comme des « arrachements ». Il faut pouvoir entendre ces souffrances, les accompagner, les rattacher à une histoire familiale. Il faut adoucir la culpabilité de ce qui peut être vécu comme une démission. Mais il faut surtout leur faire entendre que les menaces qu’elles voient alors rôder tout autour de l’enfant sont de l’ordre du fantasme et que la réalité est différente.

La garde alternée, même si je crois qu’elle doit être envisagée avec prudence dans les toutes premières années de l’enfant, car sans repères suffisamment solides il risque de se sentir balloté comme une plume au vent, a l’énorme avantage de laisser le père à sa place, et même parfois de lui donner l’occasion de prendre une vraie place. Ils la revendiquent et ils ont raison.
Mais elle n’aura d’intérêt bénéfique pour l’enfant que si elle se fait dans la reconnaissance et le respect de l’autre, loin de la haine et des ressentiments.

Béatrice Copper-Royer.

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