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dimanche, février 24, 2013

Et si les abeilles venaient à disparaître ? La grande angoisse


Des années après les premières alertes sur la disparition des abeilles, on en sait un peu plus sur les raisons de cette hécatombe, qui n’a fait que s’aggraver.


Le documentaire « Des Abeilles et des hommes » qui sort au cinéma la semaine prochaine va raviver cette peur panique : « Et si les abeilles venaient à disparaître ? », interroge l’auteur, d’une voix millénariste. Dans ce cas, « l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre », une phrase attribuée (à tort) à Einstein.
Une chose est sûre, rappelle ce très beau documentaire, « un tiers de ce que nous mangeons n’existerait pas sans les abeilles », le principal pollinisateur agricole de la planète.
Un film dans lequel ne se reconnaissent pas les apiculteurs français, mais qui a le mérite de souligner cette angoisse.
« Mon père disait toujours que si on avait 5% de perte dans le cheptel, il fallait s’inquiéter », raconte Olivier
Belval, apiculteur en Ardèche méridionale et président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf). Or la moyenne des pertes est de 20 à 40% chez les apiculteurs français.
La mortalité a doublé depuis les années 80, et si le cheptel national est difficilement évaluable, le nombre de ruches serait passé de 2 à 1 million en une génération, estime Yves Le Conte, directeur de l’unité mixte de recherche « Abeilles et environnement », à l’Institut national pour la recherche en agronomie (Inra).
Conséquence de cette mortalité : la production de miel a été divisée par deux entre 1995 et aujourd’hui. Avec 16 000 tonnes de miel, l’année dernière a été la pire de l’histoire.
Il ne reste même plus 60 000 apiculteurs en France, contre 85 000 en 1995, avec une immense majorité de petits producteurs et seulement 2 000 professionnels (qui détiennent toutefois la moitié du cheptel).

Le « facteur environnemental »

A qui la faute ? La réponse à cette question a progressé depuis cinq ans, notamment avec la reconnaissance, par l’autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (EFSA), en janvier dernier, du rôle d’une famille récente d’insecticides – les néonicotinoïdes – dans le déclin des abeilles.
Pour Olivier Belval, de l’Unaf, « la moitié du problème a des causes environnementales, et l’autre moitié est lié aux pathologies, comme le varroa ». Dans ce qu’il appelle les « causes environnementales », l’apiculteur ne met pas seulement les pesticides, mais aussi la monoculture intensive, qui appauvrit l’alimentation des abeilles :
« Historiquement les zones d’agriculture intense sont celles où se produisait le plus de miel en quantité (de tournesol et colza), si la production a été divisée par deux en France c’est essentiellement sur ces deux plantes-là.
La solution n’est pas de traiter les abeilles aux médicaments, comme on le voit dans le film “Des Abeilles et des hommes”, mais de modifier leur environnement. C’est d’ailleurs ce qui est prévu dans le Plan Ecophyto du ministère de l’Agriculture : diminuer par deux l’usage de pesticides d’ici 2018. Or si chaque Français mange en moyenne 600 grammes de miel par an, il subit 4 kilos de pesticides ! »

Désorientées par les insecticides

Yves Le Conte, de l’Inra, insiste lui sur les « nombreux stress » subis par les abeilles, et les effets combinés des pesticides et des maladies, auxquels il faut ajouter le danger du frelon asiatique :
« On connait le varroa, qui est un gros acarien, mais il y a aussi une vingtaine de virus dont certains sont très virulents et qui font baisser les défenses immunitaires quand le varroa a déjà piqué. »
De récentes recherches, publiées dans la revue Science, ont montré que les abeilles pouvaient être « désorientées par une faible dose d’insecticide ». Yves Le Conte précise :
« Les abeilles ne meurent pas mais elles ne rentrent pas à la ruche, et vont finalement mourir ailleurs. »
Des effets décrits par Olivier Belval comme « semblables à ceux de la maladie d’Alzheimer, avec un dysfonctionnement du système nerveux central, des pertes de mémoire... » et au final, pour l’apiculteur, cela fait des ruches diminuées et incapables de produire. « Il n’y a que les apiculteurs qui reconstituent le cheptel, il faut à tout prix les soutenir », insiste le chercheur de l’Inra.






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