Pages

mercredi, février 20, 2013

"Les Chevaux de Dieu" : l'apprentissage du terrorisme

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/19/les-chevaux-de-dieu-l-apprentissage-du-terrorisme_1834258_3246.html
Comment un homme en vient-il à commettre un attentat-suicide ? Cette question n'est pas insondable au point de décourager l'art d'y apporter sinon une réponse, du moins un peu de lumière.

On a pu apprécier, récemment, la sobriété et l'intelligence avec lesquels Philippe Faucon, s'agissant de la banlieue française, s'est emparé du sujet dans La Désintégration (2011), en s'efforçant à la complexité et à la profondeur de champ dans l'approche de ce phénomène.

Les mêmes raisons ont guidé Nabil Ayouch, réalisateur originaire du Maroc dans son nouveau film, pour un résultat que les partis pris de mise en scène, plus volontiers spectaculaires chez Ayouch, rendent toutefois assez différent.
Il s'est, quant à lui, inspiré des attentats terroristes survenus en mai 2003 à Casablanca, perpétrés par
quatorze très jeunes hommes de Sidi Moumen, un bidonville proche, en se conformant au point de vue adopté par le livre de Mahi Binedine, Les Etoiles de Sidi Moumen, dont le film s'inspire.
Ce point de vue, quel est-il ? Il consiste à tenter de comprendre, à travers le parcours d'un individu, comment un jeune homme peut en arriver à ces extrêmités. Filmé sur le long terme, le film suit donc, avec quelques ellipses, le destin de Yachine, depuis l'âge de ses dix ans jusqu'à sa conversion au fondamentalisme et sa préparation à l'attentat.
Ce qu'il nous montre relève, hélas, du sens commun, à savoir que les jeunes gens qui sont recrutés pour commettre ce type d'actes sont eux-mêmes, au moins pour partie, des victimes, d'abord de l'impéritie des Etats, ensuite du machiavélisme idéologique des mouvements qui les instrumentalisent.
La misère sociale, la démission de la figure paternelle, le cynisme et l'indifférence des autorités, l'injustice et l'humiliation ressenties quotidiennement, la lutte féroce entre pauvres qui en résultent, puis la manière dont les structures caritatives et d'entraide du fondamentalisme islamique s'installent sur ce désert, donnent l'exemple de la solidarité et du dévouement, avant de convertir les esprits à leur message de haine et de violence.
C'est ce processus que montre, dans le détail, le film, si soucieux, tant le sujet est grave, d'en illustrer le programme qu'il accumule les passages obligés et les typologies au lieu d'inventer et de laisser vivre ses personnages, oubliant le droit de la fiction à transcender la réalité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Envie de dire quelque chose ? Lancez-vous :-)