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mardi, février 19, 2013

Retranché en haut d'une grue, le "monte-en-l'air" fait-il avancer la cause des pères ?

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Par 
Docteur en psychocriminologie

LE PLUS. Depuis vendredi 15 février, Serge Charnay est retranché en haut d'une grue à Nantes. Sa revendication : revoir son fils, Benoît, qu'il n'a pas vu depuis deux ans, suite à une interruption de son droit d'accueil par la justice. Mais, si cet homme a réussi à capter l'attention, tous les pères profiteront-ils de son action coup de poing ?


Cet homme a passé le week-end perché en haut d’une grue à Nantes pour attirer l’attention sur sa situation familiale : une décision du juge aux affaires familiales le prive de la garde de son fils, ce qu’il ne peut plus
supporter ; il exige une décision plus favorable et entend par là même signaler la fréquence de ces situations de pères en souffrance privés de leurs enfants.

Situations douloureuses, sujet délicat ! Assez rapidement, l’association SVP Papa s’est désolidarisée de cette action. Et peut-être a-t-elle bien fait, car cet homme est-il le mieux placé pour faire avancer la cause des pères ?

Attend-il que sa volonté soit faite, sur la Terre comme au Ciel ?

De fait, si la justice l’a éloigné de son fils, c’est parce qu’il a précédemment été condamné pour soustraction d’enfant et propos menaçants. De fait, il met sa vie en danger en haut de cette grue où il n’avait pas le droit de monter et d’où il revendique et exige. Mais enfin, qu’espère-t-il, qu'on lui réponde "bon allez, descends de ta grue, sois gentil et on va te rendre ton gamin" ? Comportement délinquant, comportement irresponsable, tout cela pour convaincre qu’il est bien en capacité d’élever son fils ?

L’attitude de cet homme est ambiguë. Bien sûr, on peut l’analyser comme le comportement presque ordalique d’un homme désespéré, mais aussi comme le comportement calculateur d’un psychopathe qui manipule l’opinion publique à ses fins personnelles.

Que ressent-il tout là-haut, la tête dans les nuages ? S’il est désespéré, il ressent peut-être l’émotion du Terrien en détresse – do do l’enfant do, le monde est-il plus beau vu d’en haut ?

Mais le criminologue à la déformation professionnelle aguerrie ne peut s’empêcher d’entendre aussi, à tort ou à raison, un écho d’une prière bien connue : le "Notre Père"… Cet homme si près des Cieux attend-il là-haut, comme un psychopathe qui fait resplendir son "soi grandiose", que son nom soit sanctifié, que son règne vienne, et que sa volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ?

La démonstration de la capacité des pères à s’occuper de leurs enfants, à les aimer, à les élever et à leur offrir un cadre structurant peut-elle réellement passer par des comportements délinquants et irresponsables ?

Bien sûr, la cause est entendue. Les médias se pressent, le gouvernement s’agite, reçoit les associations... et c’est très bien ; on ne dialoguera jamais trop et toute société se doit d’évoluer vers une meilleure prise en compte du respect dû à chacun.

Trouver des porte-paroles plus "exemplaires" pour la cause des pères

Et, dans cette perspective, le journal télévisé de France 2 d’hier soir diffusait un petit reportage destiné à montrer la détresse des pères condamnés à ne voir leur enfant qu’un bref moment dans un lieu d’accueil désigné par décision de justice (vidéo replay du JT du 17 février 2013, à partir de 7 minutes).

Certes, c’était triste et poignant, surtout pour l’enfant. Mais, dans un louable et courageux souci d’honnêteté, ces deux papas nous révélaient que cette situation était due à des violences conjugales pour le premier, à une situation "d’alcoolisme et autres" pour le second.

Il ne peut être que positif de chercher des pistes d’amélioration du système judiciaire. Mais l’efficacité réclame de prendre en compte avec lucidité tous les éléments de ces situations douloureuses, puisque l’objectif est l’intérêt de l’enfant. Des couples, des hommes, des femmes, brisés par la vie et qui ont besoin d’aide car ils ne trouvent pas de solution eux-mêmes, c’est tout un dispositif à imaginer, pas uniquement la remise en cause de situations qui se judiciarisent en bout de course, toujours trop tard.

La cause des pères, comme toute cause, politique ou autre, gagnerait sans aucun doute à se trouver des porte-paroles plus "exemplaires" que ceux qui se mettent spontanément en avant dans une démarche dont il serait politiquement correct mais dangereux de ne pas souligner l’ambigüité.

Il existe quantité de papas qui souffrent d’être séparés de leurs enfants, sans pour autant traîner avec eux le boulet des comportements délinquants et irresponsables. Des papas garants du respect de la loi, respectueux d’autrui et responsables, et donc "exemplaires" pour leurs enfants.

C’est à eux qu’il faut maintenant donner la parole. S’ils ne la prennent pas spontanément, c’est sans doute qu’ils ont d’autres priorités dans leur vie quotidienne que de grimper sur une grue. Il faut les inviter au débat si l’on désire une discussion sérieuse et constructive.

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