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samedi, juillet 20, 2013

Bangladesh : après la recherche des cadavres, celle des étiquettes

Une piqûre de rappel au milieu des vacances ...

http://www.rue89.com/2013/05/14/bangladesh-apres-recherche-cadavres-celle-etiquettes-242312



Un sauveteur devant les ruines de l’usine à Dacca, le 12 mai 2013 (A.M. Ahad/AP/SIPA)

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il est encore impossible, trois semaines après l’effondrement de l’usine, de savoir de quelles marques étaient les vêtements confectionnés dans les ateliers de sous-traitance de l’immeuble du Rana Plaza, dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh.
Il a fallu déjà plus de deux semaines pour établir le bilan arrêté à 1 127 victimes, dont de nombreux disparus, qui n’ont pu être enterrés, faute d’avoir pu les identifier en raison de la décomposition des corps.
Déjà, sous la pression de l’opinion publique, certaines grandes marques de prêt-à-porter, telles que H&M, C&A et Zara annoncent qu’elles signent l’accord sur la sécurité des usines textiles au Bangladesh, mettant en lumière la passivité d’autres géants de l’habillement, les Américains Gap et Wal-Mart.

Carrefour, Auchan et Camaïeu concernées

Incendies
Plus de 1 700 travailleurs ont trouvé la mort dans des effondrements ou incendies d’usines au Bangladesh
depuis 2005. En 2012, quelque 110 personnes avaient péri dans l’incendie d’un seul bâtiment.

Au Cambodge, pas mieux : plus de 2 900 cas d’évanouissements par épuisement ont ainsi été recensés depuis 2011, dont plusieurs centaines dans des usines où H&M se fournit, rapporte le collectif L’éthique sur l’étiquette.
Mais à la question de savoir quelles marques faisaient fabriquer dans ces sinistres ateliers, la réponse est toujours aussi floue.
Trois enseignes françaises sont concernées : Carrefour (marque Tex) et, depuis lundi, Auchan (marque In Extenso) et Camaïeu.
Leurs étiquettes ont été retrouvées dans les décombres, annoncent ONG et associations de travailleurs sur place.
Mais cela n’a pas valeur de preuves pour les donneurs d’ordre.

« Parole contre parole »

« J’ai fouillé dans les décombres de l’accident et ramassé des T-shirts portant des étiquettes Tex », affirme à Rue89 par téléphone le président du Bangladesh Garment & Industrial Workers Federation (BGIWF), Babul Akhter.
Une porte-parole de Carrefour maintient au contraire :
« Les entreprises de l’immeuble ne font pas partie de la liste de nos fournisseurs, on a eu beau cherché, on n’a pas trouvé. »
Camaïeu dit avoir produit « une et une seule fois dans ces ateliers, en mai 2012 et pour seulement 15 000 pièces ». Auchan assure :
« On est surpris car on a vérifié dès l’accident auprès de nos fournisseurs qu’ils ne travaillaient pas dans cette usine, on va lancer de nouvelles vérifications. »
« C’est parole contre parole », résumé Dorothée Kellou, porte-parole de Peuples Solidaires qui, avec ses partenaires sur place et le réseau Clean Clothes Campaign, a recensé une cinquantaine de marques dans l’usine effondrée :
« Certaines marques ont avoué : Benetton (Italie), Bon Marché (Grande-Bretagne), Cato Fashions (USA), Children’s Place (USA), El Corte Ingles (Espagne), Joe Fresh (Loblaws, Canada), Kik (Allemagne), Mango (Espagne), Matalan (Grande-Bretagne), Primark (Irlande) et Texman (Danemark).
Pour d’autres marques, ce n’est pas clair : des étiquettes de YesZee (Italie) ont été retrouvées sur place et Premier Clothing (Bangladesh) a fourni de l’assistance aux victimes, mais n’a pas dit clairement quelle était sa relation avec les fournisseurs. »

« Qu’ils publient la liste de leurs fournisseurs ! »

Si les étiquettes seules ne sont en effet pas suffisantes, ONG et travailleurs tentent de mettre la main sur des contrats. Dorothée Kellou :
« Des documents des douanes ont ainsi permis de voir que Children’s Place (Etats-Unis) était sur place, alors qu’au départ, ils niaient. Qu’ils publient la liste de leurs fournisseurs s’ils veulent être transparents ! H&M l’a fait... Enfin, pour 95% de ses fournisseurs principaux. »
Benetton a fini par admettre, dans un « tweet » de contrition, qu’un de ses sous-traitants passait contrat occasionnellement avec une entreprise située dans ce bâtiment (après que des chemises étiquetées ont été retrouvées dans les décombres). L’effet serait catastrophique pour Carrefour et Auchan si elles admettaient finalement, preuves à l’appui, qu’elles aussi traitaient avec cette usine.

Une robe au prix d’un cappuccino

Comment faire sortir les donneurs d’ordre de leur dénégation ? Quitterie de Villepin, citoyenne en colère, raconte dans cette émission d’Arrêt sur Images. comment elle interpelle méthodiquement les grandes marques de vêtement, via les réseaux sociaux.
Et peu à peu, les blogueuses mode commencent doucement à éveiller la conscience de leurs lectrices. Comme le dit la blogueuse Suzy Menkes :
« Il faut que quelque chose change dans l’esprit des consommatrices. Qu’on se rende compte qu’il y a quelque chose de pas très moral à ce qu’un maillot de bain ou une robe coûte le prix d’un cappuccino. »

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