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samedi, juillet 13, 2013

Quand l’amour guérit

Un extrait de l'article.

http://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapeutes/Articles-et-Dossiers/Quand-l-amour-guerit/7
“Le couple peut panser les blessures de l’enfance”, affirme Boris Cyrulnik dans son nouvel ouvrage. Il nous explique ici tout ce qui se joue dans la rencontre et nous fait du bien, malgré nous.

Etre “réparé” par le regard de l’autre, n’est-ce pas l’espoir caché de tous les amoureux ?

Sans doute, oui. Nous avons tous des comptes à régler avec notre passé, des blessures à cicatriser. Et c’est avec ce bagage, mais aussi avec nos victoires et nos rêves d’avenir, que nous nous présentons à l’autre. Les observations éthologiques prouvent que nous ne choisissons pas notre partenaire au hasard. La foudre a besoin de paratonnerres pour frapper. Nous sommes attirés vers l’autre par des signaux préverbaux, une
manière d’être qui parle à notre âme. C’est vrai aussi quand la rencontre est plus progressive. Le style affectif dont nous avons hérité, c’est-à-dire la manière dont nous avons été aimés, bercés, caressés, nous a rendus particulièrement sensibles à certains indices véhiculés par le corps de l’autre : son regard, ses gestes, sa voix…
Alors ce sera lui, ou ce sera elle. Je vais tomber amoureux de celui ou de celle qui réveille des traces de mon passé et provoque mon besoin de les retrouver.

Cela signifie-t-il que si j’ai été mal aimé dans l’enfance, je serai immanquablement attiré par quelqu’un qui m’aimera mal ?

C’est toute la différence entre la compulsion de répétition et la résilience. La première est à l’œuvre lorsque je m’engage dans un couple qui agrandit mes blessures au lieu de les recoudre. Ou lorsque je refuse l’amour de peur qu’il m’abandonne de nouveau. C’est ainsi que certains hommes fuient les femmes qu’ils voudraient aimer, tandis que des femmes agressent ceux qui leur manifestent de l’intérêt. Mais ce n’est pas une fatalité. Les carences du passé peuvent au contraire devenir un facteur de stabilité du couple : on est prêt à se donner du mal pour gagner ce dont on a manqué. Et c’est ici que se situe la résilience : dans notre capacité à nous appuyer sur ce qu’il y a de plus constructif en nous pour recommencer à construire en dépit de nos blessures.
Lorsque celles ou ceux qui ont été blessé(e)s par la vie rencontrent l’homme ou la femme de leurs rêves, il n’est pas rare qu’ils leur cachent les zones sombres de leur existence. C’est une forme d’amputation de la réalité, mais elle leur permet de partir sur des bases optimistes.

Vous décrivez différentes sortes de couples en fonction du contrat qui les lie…

Il serait plus juste de parler d’entente implicite, de conjugaison affective, car le plus souvent les partenaires n’en ont pas conscience. Mais en fonction de ce qu’ils perçoivent l’un de l’autre, de ce qu’ils projettent l’un sur l’autre dès les toutes premières rencontres, ils se disent : « Avec toi, je vais pouvoir satisfaire tel besoin », et réciproquement. Ces contrats tacites sont directement liés à leur style affectif respectif, qui les porte vers un type de partenaire plutôt qu’un autre. On pourrait décrire autant de contrats qu’il y a de couples.
Prenons un exemple : un homme a souffert de carences affectives dans son enfance. Il croit que personne ne peut aimer un homme comme lui, il se sent un peu comme un ver de terre, insignifiant et invisible. Jusqu’à ce qu’il rencontre une femme apparemment sûre d’elle, mais en réalité très centrée sur elle-même. Et de manière inattendue, cette femme lui envoie des signaux favorables ! Cette rencontre le sécurise : enfin, quelqu’un veut bien de lui. La femme y trouve également son compte : elle peut le dominer, le brimer pour que l’on ne voie qu’elle. De l’extérieur, on peut avoir l’impression d’un couple bancal : elle le critique en permanence, il lève les yeux au ciel pour exprimer son agacement parce qu’il n’ose pas l’affronter verbalement et s’il ne la quitte pas, c’est parce qu’il est persuadé de n’être rien sans elle… Voilà un couple qui s’aime « en grinçant ». Mais ensemble, ils trouvent un équilibre qui les sécurise.

Comment reconnaître son style de couple ?

On peut être attentif à la manière dont on se parle. Dans un couple « sécure », où l’on s’aime légèrement – pas superficiellement mais sans emprisonner l’autre, sans le casser –, les tours de parole sont harmonisés. Chacun est attentif à ce que dit l’autre, avec ses mots et avec son corps. Quand la voix de l’un devient plus grave et que son débit s’accélère, l’autre comprend que la parole va lui être donnée. 

Dans un couple « insécure » en revanche, on se coupe beaucoup la parole. Chacun n’est préoccupé que par sa propre blessure et tente de la faire valoir. Souvent, l’un des partenaires se plaint de ne pas pouvoir s’exprimer en présence de l’autre. Il se rebelle en reprenant la parole de force.

Enfin, dans les couples « évitants », où l’on se protège du monde en feignant l’indifférence, la parole et les corps sont raides, les phrases, courtes, les mouvements, limités. L’émotion paraît figée, chacun reste sur ses gardes. Le mode de communication en dit long sur la personnalité des couples et leur contrat tacite. L’autre existe ou n’existe pas, c’est un compagnon ou un souffre-douleur… tout cela passe à travers le corps.

CUPIDON NE FRAPPE PAS AU HASARD :

Dans son livre, “Parler d’amour au bord du gouffre”, Boris Cyrulnik cite avec humour plusieurs formes de contrat implicite entre les couples. Extraits.
Quand M. Sexeglacé a rencontré Mme Sexecraintif, chacun a tout de suite perçu les indices comportementaux qui lui permettaient d’espérer que leurs mondes intimes pourraient se coordonner. […] Ils se marièrent, firent un couple stable et ne furent pas heureux, avec un seul enfant obtenu sans plaisir après un de leurs rares rapports sexuels… […] »
« Mme Moidabor avait épousé M. El Dabor et tout le monde admirait ce couple tellement uni jusqu’au jour où monsieur fit un lapsus tragique en soutenant que son couple n’avait aucun problème. Il dit : “Ma femme et moi, on se respecte. Elle, elle fait ce qu’elle veut. Et moi, je fais ce qu’elle veut.” Un long silence a suivi cette révélation involontaire. […] »
« Quand Mme Seulomonde a découvert que M. Sanzafect était disponible, elle a volé à son secours. Ils s’entraidaient beaucoup, chacun sécurisant l’autre et l’on a pu constater une nette amélioration de leur vie quotidienne et de leur manière d’aimer. A ceci près qu’ils ne pouvaient pas se quitter tellement chacun dépendait de l’autre et qu’on a pu imaginer que si l’un se trouvait mal, il reprocherait à l’autre de ne plus le soigner.

2 commentaires:

  1. Boris et le mot juste...
    Hé oui, j'ai retrouvé mon mot de passe ! ;-)

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    1. Ah, Raoul, si tu n'existais pas il faudrait t'inventer ! (Et ça ne pourrait être qu'une pâle copie ...)

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