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samedi, juillet 20, 2013

Une hypothèse différente de celle que l'on connait pour aborder la question de la solitude dans la peinture de Hopper

http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2012/11/05/03015-20121105ARTFIG00556-edward-hopper-peintre-inspire-par-sa-surdite.php
Selon le marchand d'art américain Bernard Danenberg, le grand peintre américain a puisé dans son handicap pour peindre la solitude dans la ville, dans le couple autiste, dans la nature immobile et ensoleillée.
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Et si le silence était à l'origine de l'œuvre d'Edward Hopper (1882-1967), de son monde solitaire tellement à part et de sa claustrophobie flagrante, de son goût jamais satisfait pour la lumière d'été et de son appel du grand large? Alors que sa superbe rétrospective est partie pour battre tous les records d'audience au Grand Palais, un témoin américain propose une interprétation inédite de sa mélancolie sourde. Le handicap transfiguré.

«J'ai rencontré Edward Hopper lors de sa rétrospective au Whitney Museum of Art de New York, en 1964. J'étais un jeune marchand d'art, âgé d'à peine 27 ans , spécialisé dans l'art américain, j'étais donc transporté
de rencontrer un des plus extraordinaires de nos artistes», raconte au Figaro Bernard Danenberg. Il tint une galerie tournée vers l'Amérique dans l'Upper Eastside de Manhattan, au 1020 Madison Avenue, jusqu'à son départ pour la France en 1975. «Hopper était assis sur un banc dans un coin gris, je me suis assis près de lui et nous avons discuté. Il n'aimait pas être dans les lieux publics. Il me l'a dit et j'ai compris aussitôt pourquoi. J'ai découvert son sévère problème d'audition, une révélation qui m'a fait lire différemment sa peinture. Cette surdité partielle m'a depuis toujours paru sous-tendre le choix de ses sujets, les individus qui ne se regardent jamais, qui ne se parlent jamais. C'est une hypothèse plus sensée que la mésentente conjugale avec sa femme, Jo, toujours mise en avant», expose ce galeriste de 75 ans qui «entend aussi bien qu'en 1964» quand il rencontra «le grand peintre âgé de 80 ans».

 People in the Sun , 1960, huile sur toile (102,6 x 153,4 cm) du Smithsonian American Art Museum, Washington, Gift of S.C. Johnson & Son, Inc.(Crédits photo: 2011 Photo Smithsonian American Art Museum/ Art resource / Scala Florence)
People in the Sun, 1960, huile sur toile (102,6 x 153,4 cm) du Smithsonian American Art Museum, Washington, Gift of S.C. Johnson & Son, Inc.(Crédits photo: 2011 Photo Smithsonian American Art Museum/ Art resource / Scala Florence) Crédits photo : Smithsonian American Art Museum/Art Resource/ScalaFlorence/Grand Palais/Smithsonian American Art Museum/Art Resource/Scala, Florence/Grand Palais
 

Heureux comme Hopper seul dans ses collines de Cape Cod. Malheureux comme Hopper en ménage avec sa femme, Jo, peintre nerveuse, épouse terre à terre, tempétueuse et jalouse, son unique modèle au corps toujours froid (Morning Sun, 1952), insiste La Toile blanche d'Edward Hopper , le beau documentaire de Didier Ottinger et Jean-Pierre Devillers (Le Figaro du 13 octobre). Le couple qui se tait est un leitmotiv dans l'œuvre peint d'Edward Hopper. Un homme, une femme, le silence. Ce trio est cher à ce peintre de l'ordinaire singulier qui accentue encore la muraille invisible entre les êtres par une certaine raideur des postures et les lignes de fuite divergentes des regards.

 The Sheridan Theatre , 1937, huile sur toile (43,5 cm 64,1 cm), collection du Newark Museum, Purchase 1940 Felix Fuld Bequest Fund. (Crédit photo: Newark Museum)
The Sheridan Theatre, 1937, huile sur toile (43,5 cm 64,1 cm), collection du Newark Museum, Purchase 1940 Felix Fuld Bequest Fund. (Crédit photo: Newark Museum) Crédits photo : Newark Museum/Grand Palais
 
Dans son icône Nighthawks (1942), l'homme au visage de rapace fume et se tait, accoudé au bar de bois verni. La femme en rouge à ses côtés attend sans le voir ni lui parler, flamme sensuelle et pourtant froide. Déjà, dans Room in New York (1932), le couple aperçu depuis le métro aérien est juxtaposé et ne partage rien d'autre que l'espace. Vision crue des rapports humains et de leur intimité supposée. Hotel by a Railroad (1952) montre un autre de ces «bored couples» chers à Martin Parr, le photographe britannique, acide et moqueur. En marge du dessin qui annonce le tableau, Hopper écrit, inquiétant: «La femme ferait mieux de regarder son mari et les rails sous la fenêtre.»

«J'ai redécouvert et représenté Norman Rockwell [illustrateur et peintre naturaliste de la vie américaine du XXe siècle, né à New York en 1894 et mort à 84 ans, célèbre pour avoir illustré de 1916 à 1960 les couvertures du magazine Saturday Evening Post, ndlr]. Je crois savoir tout ce qu'il est possible sur l'art américain», souligne Bernard Danenberg, qui est en train de quitter la France pour les États-Unis et Miami la tropicale. «Le cas de Hopper n'a cessé de me passionner. Ma théorie, après avoir étudié sa gravureTobacco Shop, est qu'il s'est inspiré de la photographie en noir et blanc pour dessiner et peindre. Cela expliquerait les annotations multiples en marge de ses dessins, indiquant les couleurs très précises à venir dans les futurs tableaux. Je serais vraiment étonné que Hopper ait dessiné seulement à main levée sa gravure figurant une dame dans le métro. Comme ses contemporains, les artistes Reginald Marsh et Norman Rockwell - dont j'ai rencontré le photographe, Louis, lors de ma visite à Stockbrige, Massachusetts -, Hopper a travaillé longtemps comme illustrateur, et cette pratique commerciale impliquait l'usage de la photographie. Son amitié pour le photographe et grand portraitiste d'artistes Arnold Newman irait dans ce sens.»
La parole revient désormais aux historiens d'art. Dans le petit livre Edward Hopper's New England, par Carl Little, on peut lire autrement les commentaires de Guy Pene Du Bois, Jo Hopper, Leon Kroll, et voir attesté son penchant pour la photographie de Mathew Brady, Eugène Atget et Paul Strand.

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