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lundi, novembre 03, 2014

"Vie sauvage" : un père et ses fils en cavale et la peine d'une mère

Je fais un aparté avant de vous proposer l'article en question ...

Cédric Kahn, dans une interview que j'ai lue, évoque l'amour paternel de cet homme dont il a mis en scène une partie de l'histoire après avoir lu son livre et celui de la mère nous dit-il. 
De quel genre d'amour parle-t-on ? De celui qui donne et sécurise ? non.  De celui qui ne met pas l'enfant à l'épreuve pour lui être offert ? pas plus. De celui qui est totalement gratuit, donné sans condition ? toujours pas.
Alors de quoi est fait cet "amour"-là ? d'égocentrisme, de narcissisme, d'immaturité et de rigidité mentale ? 

C'est une violence inouïe d'entendre Cédric Kahn parler d'amour paternel, dans cette histoire, pour qui sait ce qu'une situation d'enlèvement parental et le cortège de mensonges qui l'accompagne font naître de souffrances chez l'enfant.  
Ces propos font naître en moi une grande colère.

Combien de gens savent que de nombreux enfants enlevés par un de leur parent, en devenant adultes, sont incapables d'entretenir un rapport  de proximité émotionnelle et de confiance avec leur autre parent, celui dont ils ont longtemps été privés ? 
Ces enfants-là, même devenus adultes, sont trop imprégnés de l'influence de celui/celle qui les a enlevés et acquis à leur cause. Ils sont trop empêtrés dans leur conflit de loyauté et dans la peur de se voir rejetés par le parent délictueux s'ils bravent l'interdit d'entretenir un lien à l'autre (en la matière, il y a des interdits qui ont été dès le départ clairement verbalisés et d'autres qui ont été suggérés sans être pour autant moins efficaces ...).

Comment, en tant que parent, être en mesure de vivre une relation saine et confiante avec un enfant qui vous a intériorisé depuis des années comme quelqu'un de malfaisant, de dangereux et ne cherchant qu'à nuire à l'autre ? 

Ces "anciens enfants" sont abîmés ... et ça ne se saute pas aux yeux de qui les rencontre car ils sont très fort en matière de parades visant à assurer leur auto-protection. Ils sont tout à fait capables de
manipulation, à leur tour, pour assurer leur sécurité ou leur confort mental. Comment pourrait-il en être autrement ? Abandonneriez-vous facilement une méthode "de survie" qui a fait ses preuves ?

Ces "anciens enfants" sont comme les adeptes d'un gourou, formatés aux pensées et aux comportements automatisés pour correspondre à ce qui est attendu d'eux par celui ou celle à qui ça profite  ... oh bien sûr, ils peuvent s'en écarter parfois ... mais raisonnablement ... sans faire vaciller le système ni remettre en questions ses bases.

Il faut avoir beaucoup avancé et être dans une grande sécurité intérieure pour oser dire que le parent qui vous a enlevé s'est mal comporté vis-à-vis de vous en abusant de son pouvoir d'adulte. Il faut de la maturité pour oser dire qu'il vous a utilisé à des fins personnelles avant toute autre considération (souvent par vengeance en se sentant abandonné(e) ou trahi(e) par son ex-conjoint).  Et il serait légitime, malgré tout que vous l'aimiez, sans illusions.
Pascale.

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20141030.OBS3750/vie-sauvage-un-pere-et-ses-fils-en-cavale-et-la-peine-d-une-mere.html?google_editors_picks=true





Le film de Cédric Kahn, sorti mercredi, s'inspire de la cavale de deux garçons, emmenés par leur père pour vivre au plus près de la nature. Catherine, leur mère, qui les a cherchés pendant plus de dix ans, s'est confiée à "l'Obs".

Catherine Martin, mère d'Okwari et Shahi Yena Fortin, jeudi 30 octobre 2014. (Céline Rastello - Le Nouvel Observateur)
Catherine Martin, mère d'Okwari et Shahi Yena Fortin, jeudi 30 octobre 2014. (Céline Rastello - Le Nouvel Observateur)





Elle a vu le film au printemps dernier. A mis une semaine à s'en remettre. "Ça a tout remué." Les souvenirs de sa vie d’avant, en caravane. Sa décision de quitter le père de ses fils Shahi Yena et Okwari et son mode de vie. La bataille judiciaire qui s'en est suivie. Et, surtout, ses onze interminables années d'incessantes recherches pour retrouver ses garçons. Alors qu'elle en avait la garde, après les vacances de Noël 1997, leur père, Xavier Fortin, ne les lui a jamais ramenés. Ils avaient six et sept ans. S'ajoute le manque. L'espoir. La colère. L'angoisse. La douleur. Puis, enfin, en janvier 2009, la joie des retrouvailles. Teintée d'amertume. Ses fils lui reprochent de vouloir envoyer leur père en prison, et lui demandent, fissa, de retirer sa plainte.
"Il a fallu que je les retrouve physiquement pour me rendre compte que je les avais perdus psychologiquement", confie Catherine Martin, 51 ans, mère des deux garçons, depuis l’arrière-boutique d’un magasin bio de Draguignan, dans le Var, qui fait office de salon de thé. Mercredi est sorti le film "Vie sauvage" du réalisateur Cédric Kahn, inspiré de la vie de ses deux plus jeunes fils, aujourd’hui âgés de 22 et 24 ans. Plus précisément de leur décennie de cavale et de clandestinité avec un père qui n’a jamais envisagé pour eux une autre vie que la seule acceptable à ses yeux : au plus proche de la nature, au plus loin du "système" et de l'honnie société de consommation.





"On pourrait faire un autre film avec mon histoire"

"Ce n’est pas mon vécu", lâche Catherine Martin. La voix est calme. Le regard clair. "On pourrait faire un autre film avec mon histoire", dit celle dont le personnage, à l'écran, apparaît peu. Cédric Kahn n’a souhaité prendre parti ni pour la mère, ni pour le père. Il a "voulu parler de l’histoire des enfants, montrer leur point de vue", explique la mère des garçons, gilet mauve et fines boucles dorées. Leurs premières années aux côtés d’un père "encensé, fantasmé". Puis l’adolescence, quand la relation père-fils se tend, Okwari et Shahi Yena rencontrant davantage de difficultés à supporter leur marginalité. "L’image du père qui se dégrade", commente leur mère.
Pour échapper aux gendarmes, le trio va de campement en campement. Haute-Garonne, Vaucluse, Gard, Ariège. Il vit sous plusieurs fausses identités. Leur mère ? La consigne est claire : toujours dire qu’elle est morte. Façon de "couper court à toute discussion", a expliqué le cadet, en mars 2009, au procès de son père au tribunal correctionnel de Draguignan. Un expert y a notamment pointé son "emprise" sur ses fils. Leur "fascination" pour lui. Xavier Fortin a été condamné à deux ans de prison dont 22 mois avec sursis pour soustraction de mineur. Catherine Martin, elle, avait été condamnée en 1996 à six mois avec sursis pour non-représentation d'enfants. Avant d'en obtenir rapidement la garde.

Le "cadeau" de leur père à ses fils

Elle n'a jamais plus parlé à "Fortin". Aidée par la "spiritualité", elle a toutefois réussi, voilà plusieurs années, à lui "pardonner". La publication de son livre "Au nom de mes fils", en 2010, l’a aussi soulagée. Les garçons et leur père publiaient simultanément le leur, "Hors système", sur lequel Cédric Kahn s’est notamment basé. En 2009, mère et fils sont parvenus à recréer un lien. Fragile. "On a vécu des moments très forts." Les relations se sont depuis distendues. Seuls quelques appels de temps à autre. "J’ai cessé de leur courir après" livre Catherine Martin. Sans colère, mais avec une certaine tristesse. Et de concéder ce que certains, dans son entourage, ont du mal à entendre : "J’ai fait le deuil de ma relation maternelle." Reste celle "d’adulte à adulte", qu’elle espère toujours voir évoluer. 
Elle a vu pour la dernière fois Okwari et Shahi Yena au printemps, lors de la projection du film. Ces derniers jours, pour sa promotion, ils ont répété ne rien regretter, et "remercient" leur père du "cadeau" qu’il leur a fait en leur offrant une vie différente. Difficilement soutenable pour leur mère. Son visage se ferme. "Le débat du choix du mode de vie n’est pas le bon", martèle-t-elle sans concession. Il cache le "vrai problème : l’aliénation parentale. Priver un enfant d’un de ses parents revient à l'amputer d’une partie de sa construction personnelle", livre-t-elle, déplorant que le père de ses enfants soit "trop souvent érigé en héros". "Il n’a pas du tout agi en héros. Il s’est comporté lâchement, égoïstement, et leur a appris à mentir et à tricher" accuse-t-elle. Emmener ses fils ? Il n'avait "pas le choix", a quant à lui plaidé Xavier Fortin lors de son procès. Sa décision relevait, a-t-il notamment affirmé, de la "légitime défense de ses enfants". En vue de les préserver d'un "rejet extrême et brutal de nos valeurs." Ses fils ont eux assuré, malgré leur jeune âge, avoir eux-mêmes "choisi" de vivre ainsi.

"Vos enfants ne sont pas vos enfants"

Leur mère les pense toujours sous la coupe de leur père. Ce qu’ils réfutent. "Quand ils couperont enfin le cordon, ce qui sera sans doute long et douloureux dans la mesure où ils se sont construits ainsi, auront-ils envie de me connaître vraiment, de découvrir cette part d’eux-mêmes qu’ils ignorent ?" s'interroge-t-elle. Avant de lancer : "Quoi qu'il en soit, les enfants ne vous appartiennent pas". Et de citer le poète libanais Khalil Gibran : "Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont fils et filles du désir de vie en lui-même."
Les deux fils et leur père, toujours très proches, vivent aujourd’hui dans les Cévennes. Shahi Yena vend des objets d'art et vit entre un appartement et une yourte solaire construite sur le terrain de son père. Okwari, lui, voyage. Il a obtenu un diplôme de conducteur d’attelage. Leur mère, éducatrice de formation, a longtemps travaillé dans une ferme pédagogique, et œuvre depuis quatre ans pour une association varoise de réinsertion. Celle qui adhère au réseau Colibri et se considère comme une "alternative" de la première heure s’y occupe, entre autres, des activités liées à la terre. "Ma récompense", souffle-t-elle enfin, consiste "à me dire que grâce à moi, mes fils, sortis de la clandestinité, peuvent vivre sous leur véritable identité, et ont retrouvé une forme de liberté."
Céline Rastello - Le Nouvel Observateur

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