«C’est très émouvant. On a ressenti beaucoup de dignité, de chaleur, de volonté collective d’être là, sans aucun signe partisan, avec seulement des vagues d’applaudissements pour recharger l’énergie». Xavier Debontride, coprésident du club de la presse de Bretagne, à qui avait été confiée, avec ses confrères journalistes, la lourde tâche de mener seuls le cortège à Rennes, avait du mal à contenir son émotion à l’issue d’un rassemblement qui a réuni 115 000 personnes, selon le comptage final des autorités. Soit le plus important rassemblement organisé dans la capitale bretonne depuis un demi-siècle.
Vers 18 heures, bien après la fin officielle de la manifestation, des dizaines de personnes
étaient encore rassemblées en silence au pied de la tour de l’horloge de l’hôtel de ville transformé en autel profane et spontané. Sur les marches : des centaines de bougies aux flammes vacillantes, des fleurs, des crayons, des stylos, des dessins à foison. Parmi ceux là, ce gros crayon planté dans les fesses d’un terroriste comme «arme de dérision massive» ou cet avertissement : «la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas».
Des groupes compacts continuaient de défiler ici et là. Les uns brandissant des unes de Charlie ou de sobres pancartes telles ce «je suis en deuil» brandi par une jeune femme ou ce «j’adore ma religion, j’adore la France, j’adore la paix», arboré par un musulman en djellabah. Etudiante syrienne installée à Rennes et se disant athée, Ruta, 30 ans, avait choisi pour sa part de mettre en garde : «Les terroristes ont détruit mon pays la Syrie, ne les laissez pas détruire la France aussi».
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Tous étaient venus pour défendre «la démocratie, le respect et la liberté», comme l’a déclaré le président du club de la presse de Rennes, soulignant que ce rassemblement devait se dérouler sans banderolles ni slogans, pour garder sa dimension «unitaire et non-partisane». Un court et unique discours, qui a aussi rendu hommage aux victimes et a été suivi de longues minutes de silence dans la foule, seulement parcourue de vagues sporadiques d’applaudissements. L’unique banderole prévue, «Nous sommes tous Charlie» en lettres blanches sur fond noir, était portée par des journalistes se frayant tant bien que mal un chemin parmi les manifestants.
Au cours de l'après-midi, dans la foule compacte et transgénérationnelle qui défilait dans la ville, un groupe de lycéens, «pas spécialement» lecteurs de Charlie Hebdoétait venu dire son incompréhension. «C’est complètement con de faire des trucs comme ça au nom de l’islam, lâche Alexis 17 ans. Pour moi, l’islam, comme le christianisme ou le judaïsme, est une religion de paix. Ceux qui critiquent tout ce qui est musulman ne connaissent pas de musulmans, n’ont pas d’amis musulmans».
A quelques mètres, Pascal, chauffeur routier de 41 ans, était venu «exprimer sa solidarité par rapport à tout ce qui s’est pass黫Cela m’a choqué, je n’étais pas lecteur de Charlie, mais je vais m’abonner. Maintenant faut que ça bouge, qu’on mette plus de moyens pour prévenir l’islamisme radical et qu’on en parle dans les écoles, pour que les plus jeunes fassent la différence entre un musulman classique et un extrémiste».