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mercredi, janvier 21, 2015

Ra Paulette - the "Cavedigger "- le sculpteur de grottes


Ra Paulette creuse des grottes monumentales dont il sculpte les parois à la manière de Gaudi. Jeffrey Karoff lui a consacré un documentaire.
Ni dynamite, ni engin mécanique. Ra Paulette n'utilise que ses mains et quelques outils rudimentaires. À l'intérieur de sa brouette, qu'il balade comme un sac à dos sur les pentes escarpées des collines du Nouveau-Mexique, on ne trouve qu'une pelle, une pioche et un racloir. Chaque jour ou presque depuis 
bientôt trente ans, l'artiste de 68 ans creuse inlassablement, extrait frénétiquement et façonne avec soin les parois de grottes artificielles auxquelles il consacre sa vie. Ornées de sculptures grandioses, souvent florales et inspirées par la nature, elles ont fait sa renommée. Sculpteur ou architecte, il n'a pas tranché. Il se définit même parfois comme un "archéologue". "C'est en tout cas un génie, assure Jeffrey Karoff, qui lui a consacré un documentaire nominé aux Oscars. C'est un défi et une compétence pour lequel il n'était pas entraîné. Il n'a reçu aucune formation." 

Autodidacte, donc, Ra Paulette a creusé une douzaine de grottes depuis ses débuts, en 1986. Commissionné, le plus souvent, par des particuliers, il travaille actuellement sur un nouveau projet, qui devrait vraisemblablement être son dernier. Le premier coup de pioche a été donné en 2010. Le dernier n'est pas prévu avant 2020. "Un jour, il m'a appelé pour m'expliquer que la grotte dans laquelle il creusait venait en partie de s'effondrer, raconte Jeffrey Karoff. Elle était devenue trop instable, trop dangereuse. À ma grande surprise, Ra n'éprouvait aucun regret. Il se focalisait déjà sur son nouveau projet." Le fameux "dernier" et, il l'espère, le plus majestueux de tous. Ra Paulette dit s'inspirer de l'ensemble de ses grottes précédentes pour le réaliser. 
Ra Paulette consacre en moyenne quarante-cinq heures par semaine à son art. Toujours accompagné de son chien, il travaille seul. "Rien ne le caractérise plus justement que sa force physique", commente le documentariste. Enfermé dans une bulle, dans une sorte d'état de méditation, il passe la majeure partie de son temps sous terre. "Quand je me lance dans un projet, j'y pense le jour et en rêve la nuit, raconte l'artiste dans le film. Je n'ai jamais grandi. Je crois que je suis atteint du syndrome de Peter Pan." Les propriétés géologiques du matériau qu'il travaille, une sorte de sable facilement façonnable, lui permettent de laisser son imagination le porter. Il n'établit pas de plans, ne trace pas de lignes. Ses oeuvres sont comparées à celles de Gaudi. "Les formes et textures sont similaires, observe Jeffrey Karoff. Il n'y a pas d'angles droits. Et puis c'est un art qui défie les conventions."
S'il connaît l'artiste depuis ses débuts, Karoff a longtemps attendu avant de le filmer. "Nous avons d'abord tourné un spot pour Canon, explique-t-il. Mais je regrette d'avoir été aussi fainéant. J'ai manqué le début d'une grotte, puis d'une nouvelle... c'était une sorte d'excuse pour ne pas démarrer." Financé par ses soins, Cave Digger est centré sur l'un des projets de Paulette, "Luminous Caves". "Un chef d'oeuvre. C'était comme si la grotte épousait la lumière extérieure, se souvient le réalisateur. Nous n'avons pas eu besoin de lumière artificielle." L'intérêt du récit réside aussi dans la découverte de la personnalité de l'artiste, "sophistiqué et compliqué". Un homme indépendant, peut-être un peu excessif, et ultra perfectionniste. "Un jour, j'ai décidé d'installer des miroirs dans une des grottes pour donner l'illusion d'eau, raconte-t-il. Le propriétaire n'était pas d'accord. Sans autorisation, et alors que les travaux étaient terminés, j'y suis retourné et ai fait ce dont j'avais envie."

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